2. Orthoepie. Traits essentiels de la norme phonetique du francais moderne
L’orthoépie ou phonétique normative est l'étude de la prononciation correcte des mots. Elle définit « les règles de la prononciation par rapport aux règles graphiques, et énonce les lois phonétiques qui gouvernent le système phonique d'une langue ». Elle prend en compte à la fois l'aspect étymologique et l'évolution de la langue dans une perspective historique.
Comme le travail sur la codification de la norme phonétique actuelle est à peine commencé, nous ne présentons ici que quelques traits généraux reflétant les tendances évolutives du phonétisme français qui se dégagent des enquêtesrécentes. Ces caractéristiques portent essentiellement sur la prononciation neutre, non marquée sur le plan stylistique bien qu'elles se retrouvent avec diverses latitudes de variation, dans tous les styles du langage oral.
Voyelles
Les tendances principales qui régissent de nos jours la répartition des voyelles dans les mots et le discours suivi peuvent être classées en deux catégories: e'est l ' a t t e n u a t i o n de la d i s t i n c t i o n entre les timbres vocaliques et de n o m b r e u x f l o t t e m e n t s dans la réalisation des voyelles. Ces particularités de distribution concernent surtout 1'opposition vocalique f e r m é e ~ o u v e r t e aussi bien que l'opposition [a]~ [α].
En syllabe finale ouverte, position pertinente de l'opposition [ε] ~[e], on observe 1'extension de la voyelle ouverte [ε], la réalisation de la voyelle [e] se trouvant limitée aux finales en –é, -er, -ez. Dans le cas des finales en -ai(s,t), -et (je parlais, le balai, le ballet, il repondrait) les Francais ont tendance à prononcer la voyelle ouverte.On observe certains flottements dans la réalisation des monosyllabes grammaticaux des, les, mes, tes, ses, ces ainsi que des mots (je) sais, (je) vais, gai prononcés plus fréquemment avec la voyelle ouverte [ε].
En dehors de la position finale absolue où la seule voyelle fermée [o] est attestée, la répartition du [כ] et du [o] reste aujourd'hui trés variée. Pourtant, comme les résultats des enquêtes le démontrent, les realisations de la voyelle ouverte [כ] sont tres fréquentes en syllable finale fermée aussi bien qu'en syllabe interne, ouverte ou fermée.
Les tendances évolutives épargnent l'opposition [œ] ~ [¢] moins que toutes les autres de la même corrélation, ce qui s'explique par son rendement fonctionnel trop faible. La réalisation du timbre ouvert oudu timbre fermé dans diverses positions de mot, à l'exception de la finale absolue, semble être largement conditionnée par le contexte. Ainsi en syllabe fermée finale le seul [¢] est attesté devant [z], [t], [3], [tr] (creuse, fameuse, meute, feutre, Maubeuge), tandis que leseul [œ] apparaît devant [ f] , [v], [j], [r] (neuf,veuve, seuil, coeur).
II faut encore signaler la tendance chez certains locuteurs à réaliser la voyelle avec un timbre intermédiare
plus proche nénmoins du [a] antérieur que du [α] postérieur. Les variantes de ce timbre, "les nuances d'une seule couleur" sont determinées par le contexte, le style et le débit.
[Э] INSTABLE
Les facteurs déterminant le maintien ou la chute du [ə] instable sont complexes et peuvent être classés en trois catégoriés: facteurs l i n g u i s t i q u e s (entourage consonantique, position dans le mot, rythme, etc); facteurs s o c i a u x ou r e g i o n a u x; facteurs s t y l i s t i q u e s.
De facon générale le [ə] instable se maintient régulièrement dans le groupe de t r o i s c o n s o n n e s ,
lorsque deux consonnes le précèdent: oppartement, une autrefois, quelque. chose, avec le crayon, sur le divan.Néanmoins, la loi des trois consonnes, formulée par M.Grammont, connaît certaines restrictions suivant la position du [ə] dans le mot ou le groupe accentuel, son entourage consonantique et le rythme de l'énoncé. Dans nombre de cas d'autres facteurs peuvent entrer en jeu -influencer le maintien ou la chute du [ə] instable.
Pour en conclure disons que la réalisation du [ə] instable dans la séquence de deux ou trois consonnes est intimement liéе à la syllabation, au débit et au rythme de la phrase, conditionnés à leur tour par le style. Le [ə] instable apparaît donc comme une des marques pertinentes de la différenciation phonostylistique de la langue française.
CONSONNES
A la différence du vocalisme, le consonantisme du francais n'a pas subi tant de changements et les tendances régissant la réalisation des timbres consonantiques depuis l'epoque de la formation du français, langue nationale, restent en vigueur jusqu'à nos jours. Ainsi certains groupes consonantiques (les graphies: GN, SC, ILL, GU, QU, CE, TI, etc.) peuvent être interpretés différemment, chaque graphie ayant son listoire.
Le franpais se soucie beaucoup du maintien des oppositions conso-lantiques dans différentes positions, même à la fin absolue du mot, ce qui distingue nettement la langue française de la langue russe (compa-rons: plage [plajf et пляж [пл'аш], Bagdad [bagdad] et Багдад [бaгдат] ). Il у a pourtant une opposition qui tend à disparaître, с'est l'opposition [n] ~ [ η ] , l e [ η ] étant substitué par le groupe [nj] : nontagnard [motanjar], peigner [penje], ignorance[injoras].
On observe également des changements dans la réalisation des con-юппев finales. Ces changements affectent les groupes de consonnes in-iivisibles et les consonnes finales facultatives. Dans le premier cas on etrou ve l'amuissement du [r] et du [1] (notre [not], remettre Ira met], possible [posib]) dont l'occurence est liée au style du discourse.
Quant aux consonnes finales facultatives, leur prononciation paraît régulière dans tous les contextes. Ainsi on entend prononcer de plus en plus souvent: but [byt], fait [fεt], moeurs [mœts], cinq [sεk], aout [ut],etc.
