Селях, Евчик - Теория фонетики
.docJoncture externe-Un fil raide s'y opposait...
Joncture interne-La médecine n'est pas... ou bien C'est de cigarette que tu as besoin ...
Structures syllabiques du français
En français,dans les mots isolés,il existe 16 types de structures syllabiquesl [24, p.52-55] :
V - ou, a CV - qui, cha-ri-té
VC - art, homme CVC - foule, robe
VCC - ombre, tarte С VCC - peuple, double
VCCC — arbre, ordre CVCCC — cercle, monstre
CVCCCC - dextre
CCV - clé, drap
CCVC - drôle, prime CCCV - scrupule, stra-te'gie
CCVCC - triple, propre CCCVC - struc-ture
CCVCCC - spectre, plectre CCCVCC - strict.
Le caractère de distribution des différents types de syllabes dans les mots isolés prouve qu'en français moderne il existe une tendance à
l
V — voyelle, С — consonne.
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la diminution du nombre de consonnes dans la partie explosive (initiale) et implosive (finale) de la syllabe. C'est pourquoi des structures chargées de consonnes VCCC, CVCCC, CCVCCC, CVCCCC et CCCV, CCCVC, CCCVCC ne sont pas utilisées dans les mots ayant plus d'une syllabe.
Dans la chaîne parlée selon les tendances de la coupe syllabique les groupes implosifs de deux, trois et de quatre consonnes sont divisées et leur deuxième partie forme alors la partie explosive de la syllabe qui suit: un cercle à visiter — [œ— s&r-kla-vi-zi-te] . De plus dans la chaîne parlée les liaisons et les enchaînements changent la structure des mots en contribuant à la formation des syllabes ouvertes: и appelle au secours — [i-la-pe— lo-sa- kur] .
D'après le corpus parle' P.Delattre a établi qu'en français il y a 54,9% de structures CV, alors qu'il n'y a que 17,l%de structures CVC, 14,2% pour CCV et 1,9% pour VC. Donc, on voit que les structures lourdes en consonnes sont rares en français.
Le nombre et la structure des syllabes changent selon le débit et le style du discours. Dans le style recherché on prononce: [5 -ta-ra-gard], mais dans le style familier on dit: [э- ira -gard]. En français familier la chute des voyelles et surtout du "э" caduc provoque des accumulations de consonnes dans la partie explosive des syllabes: je viens de Clichy — [3vj&-tkli-Ji], ce type-là— [stip -la] ,.tu sais— [tse], ainsi qu'une certaine augmentation du nombre de syllabes fermées: ii se dit — [iz—di], que tu te payes — [ktyt-p&j].
UNITE ACCENTUELLE
II n'existe pas de terme unique pour la dénomination de l'unité prosodique plus grande que la syllabe. Les phonéticiens nomment cette unité différemment selon les critères utilisés pour sa délimitation. Ainsi M.Grammont qui se sert du critère sémantique préfère parler des "groupes rythmiques". Selon M.Grammont, le groupe rythmique est "toute suite de mots qui exprime une idée simple et unique et qui n'a d'accent que sur la dernière syllabe" [ 70, p.105] .
L.Scerba accepte le terme de M.Grammont "groupe rythmique" pour les unités élémentaires de segmentation sémantique. D'autre part, en parlant des unités complexes il introduit en phonétique le terme "syntagme" pour désigner l'unité phonétique qui exprime un tout se'-mantique se formant au cours même de la parole et pouvant comprendre soit un seul, soit plusieurs groupes rythmiques.
En mettant à la base de sa théorie le critère physiologique P.Passy parle des "groupes de force" (unités élémentaires) et des "groupes de souffle" (unités complexes). J.Tarnaud et J.Borel-Maisonny pour désigner les groupes élémentaires emploient le terme peu usité en linguistique
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générale "rhèse", et pour les groupes complexes le terme lié à la lexicologie "mot phonétique".
L'analyse de ces termes montre qu'aucun d'eux ne reflète le rôle de l'accent — phénomène principal de segmentation de la chaîne parlée. Peut-être est-ce le terme de M.Grammont qui est le plus valable, mais pourtant il a aussi un défaut. Comme remarque à juste titre N.Chi-garevskaia: " ... on a tort de désigner par accent rythmique l'accent final qui affecte le groupe accentuel de la chaîne parlée, puisque ce n'est pas le rythme qui détermine en premier lieu le principe de la répartition des accents, la constitution des groupes accentuels en français. Toutes les variétés de l'accent constituent le rythme de la phrase [55, p.184] .
K.Barychnikova estime que les unités prosodiques plus grandes que la syllabe doivent être nommées unités accentuelles car c'est justement l'accent qui délimite et marque chaque unité de segmentation dans la chaîne parlée. D'après K.Barychnikova [1; 5] il existe des unités accentuelles de types différents:
1) unités accentuelles indivisibles qui se composent d'une suite de syllabes inaccentuées et ont à la fin une syllabe affectée d'un accent relativement faible: "Seule la fraîcheur des ma'tins et des "soirs et la transparence plus 'vive de "/'air marquaient l'approche de l'hiver1 (A. France).
2) unités accentuelles divisibles qui incluent deux ou plusieurs unités indivisibles dont la dernière est marquée d'un accent final relativement fort^: " Seule la fraîcheur des mdtins et des "soirs etja transparence plus^ive de "l'air manquaient l'abproche de l'hiver.
3) unit es accentuelles indivisibles autonomes qui sont marquées d'un accent fort et ne font pas partie de l'unité accen-tuelle divisible: "Seule la fraîcheur des matins et des "soirs et la transparence plus 'vive de"l'air marquaient l'approche de l'hiver.
La segmentation de l'énoncé en unités accentuelles dépend du contexte. Par exemple, la phrase Ma camarade m'a prêté de l'argent pour acheter des livres peut être prononcée avec deux, trois, quatre et même cinq unités accentuelles. Cette phrase ne pourra avoir plus de cinq accents, tout au moins dans une prononciation normale. On voit donc, que les'groupes comme ma camarade, m'a prête', de l'argent, pour acheter, des livres constituent des unités accentuelles virtuelles (terme de P.Garde) [68, p. 93-96] qui ne se réalisent pas toujours. La réalisation ou la non-réalisation des unités virtuelles est conditionnée par le débit
%n accent faible est de'signe'par le signe ( ' ), un accent fort - par le signe (").
^ Pour d'autres caractéristiques particulières des unite's accentuelles divisibles (des syntagmes d'après L.Scerba) voir [55, p.202-206].
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et le style. Cette "élasticité"' de l'unité7 accentuelle est conside're'e comme un des traits frappants du français (A.Rigault).
D'après P.Garde, l'unité accentuelle ne saurait être définie seulement par ses caractéristiques prosodiques, c'est-à-dire par la présence entre ses limites d'un seul accent, mais aussi par des caractéristiques grammaticales: on peut définir en français des syntagmes accenïogènes, ou des groupements de mots qui ont la propriété de constituer des unités accentuelles [68, p. 19]. Par exemple, toute phrase non-elliptique comprend nécessairement un sujet et un prédicat, et chacun de ces deux éle'ments constitue une unité' acentuelle: Nata'lie dor'mait; le ' chat est1 noir. Le syntagme-sujet et le syntagme-prédicat sont des types de syntagmes normalement accentogènes.
Mais certains types de syntagmes accentogènes peuvent comprendre des unités qui ne le sont pas: ainsi en français tout syntagme-prédicat est nécessairement accentogène, mais parmi les syntagmes-sujets il en existe un petit nombre qui ne constitue pas une unité' accentuelle, mais s'intègrent dans l'unité' commandée par le prédicat qui les suit. Ces mots-sujets, nommés proclitiques, sont peu nombreux: je, tu, il, elle, etc.
Non-accentogènes sont dans la chaîne parlée les catégories grammaticales suivantes [66, p.LI ] :
— les articles définis ou indéfinis: le, la, les, du, des, etc;
— les adjectifs démonstratifs: ce, cet, cette, ces;
— les adjectif s possessif s: mon, ton, son, ma, ta, etc;
— les adjectifs relatifs: lequel, laquelle, lesquelles, etc;
— les adjectif s indéfinis:1 aucun, autre, certain, chaque, même, nul, plusieurs, quelque, tel, tout, pas un, plus d'un, etc;
— les pronoms personnels sujets: je, tu ou compléments me, te] le;
— le pronom indéfini on;
— les pronoms relatifs: que, dont, ou;
— les prépositions: à, de, par, pour, sur, etc.
Les règles qui régissent l'accentuation du français et du russe ne sont pas les mêmes.
Dans la langue russe presque toutes ces catégories sont accentogènes. Citons en exemple les pronoms démonstratifs et possessifs qui forment en russe l'unité accentuelle à part: этот/ученик, твоя/работа. De même les pronoms personnels portent généralement un accent: Я/тебя/ приветствую.
PHRASE
La suite d'unite's accentuelles constitue l'u n i t e' principale de communication,la phrase, possédant son expression prosodique tout à fait parfaite.
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t
\
La délimitation de la phrase dans la chaîne parlée s'effectue grâce aux phénomènes prosodiques tels que la pause, la mélodie spécifique, aux indications de la couche verbale (W.Zwanenbourg). Parmi les phénomènes annexes de délimitation de la phrase on peut nommer la pre'-sence des voyelles longues dans la syllabe finale, p.ex.: [ka- t&s- kil -'pa:ri], l'absence de liaison, le rythme (J.-P.Vinay).
Il existe une confusion dans la conception de la phrase et de la proposition. Certains linguistes considèrent la phrase comme une unité syntaxique complexe formée de deux ou de plusieurs propositions. Pour d'autres, l'unité linguistique essentielle est la proposition et la notion de la phrase n'est pas digne d'être employée dans la description linguistique. Cependant il est important d'envisager la phrase et la proposition comme deux unite's linguistiques différentes. S.Karè'evskij rejette, à juste titre, l'idée que la proposition — unité grammaticale, sert de base à la réalisation de la phrase — unité prosodique. Selon lui, la phrase peut coihcider ou non avec la proposition, parce qu'elle ne possède pas de structure grammaticale propre [73, p. 190] . La phrase, unité7 actualisée de communication, est construite à partir des moyens du niveau phonétique et possède donc sa structure qui est la prosodie. Au moyen de la prosodie elle actualise les unités des autres niveaux de la langue, mots, groupes de mots, propositions. En développant l'idée de S.Karc"évskij,K.Barychnikova ajoute que "la phrase transforme ces unités, leur donne une signification concrète, les lie en ses membres, en les accentuant ou non, elle les classe en principaux et secondaires: la phrase interroge, affirme, exclame, etc." [50] .
Voici quelques spécimens de phrases enregistrées par M.Pechkovskij, telles que nous en entendons ou faisons nous-mêmes à tout instant et dont la structure grammaticale est tout à fait défectueuse: A на поле как хорошо мы были! — Почему ты уходишь не закрываешь электричество? — Она разбилась, упала когда, очень сильно. C'est précisément la prosodie qui fait la phrase. N'importe quel mot ou assemblage de mots, n'importe quelle forme grammaticale, n'importe quelle interjection peuvent, si la situation l'exige, servir d'unité de communication, donc de phrase.
La phrase ne devient un message complet qu'en rapport avec la réalité contextuelle: sans être replacée dans le discours la phrase ne parviendra jamais à la plénitude de sa valeur de communication.
La recherche instrumentale [35, p. 28] a montré que le contexte exerce une influence considérable sur la prosodie de la phrase. Il modifie en premier lieu la structure des caractéristiques mélodiques de la phrase, beaucoup moins ses caractéristiques dynamiques (l'intensité) en gardant intacts des rapports de durée entre les unîtes de la phrase. L'influence du contexte est plus faible dans la partie finale de la phrase, tandis que les zones initiale et médiane subissent le plus de transforma-
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tions. Les traits pertinents de différenciation des phrases contextuelles et isolées sont le débit, le rythme, le niveau de ton.
ANALYSE PHONOLOGIQUE DES UNITES PROSODIQUES
L'analyse phonologique des unités prosodiques, telles que unité accentuelle et phrase, s'effectue au sous-niveau prosodématique. Le sous-niveau ^prosodématique peut-être défini en termes d'unités discrètes, les prosodèmes, qui se distinguent par des faisceaux de traits prosodiques pertinents. La quantité et les structures des prosodèmes sont limitées, elles varient d'une langue à l'autre.
Les linguistes discutent beaucoup le problème des rapports entre les phonèmes et les prosodèmes.
Le phonéticien sovie'tique P.Kouznétsov donne à ce problème l'interprétation suivante: h la différence du phonème, le prosodème ne peut être isolé7 ni reproduit, mime d'une manière artificielle, à cause de son application à une certaine suite de phonèmes [ 28, p. 208]. K.Barychnikova et S.Gaïdoutchik écrivent: "Si le phonème est une unité susceptible de différencier les mots et leurs formes en exerçant la fonction distinctive au sous-niveau phone'matique, le prosodème,quant à lui, est une unité7 du sous-niveau prosodématique, unité' dont la fonction consiste à différencier les unités plus grandes, notamment les phrases" [13, p. 5-7] . En définitive K.Barychnikova considère le prosodème de la phrase comme une structure (mouvement du ton, intensité' et durée) de traits prosodiques pertinents localise's dans, certains points delà phrase, plus pré'cise'ment sur les syllabes accentuées et les syllabes inaccentuées conjointes. Ces points peuvent être rapportés aux microprosodèmes constituant le prosodème de la phrase [11, p. 10-11] .
Le microprosodème réalise' au niveau de l'unité accentuelle indivisible implique la différence de sens entre deux unités ayant la même succession des syllabes, p. ex.:
en russe: 1. Вы пили/ молоко? 2. Выпили /молоко?
en français: 1. Sa toile /était faite. 2. Sa toilette / est faite.
Au niveau de l'unité" accentuelle divisible le microprosodème sert a exprimer la tendance communicative de la phrase:
en russe: 1. Они ходили в универмаг (?) или в мастерскую?
2. Они ходили в универмаг (...), а потом вернулись домой.
en français: 1. Л viendra chez vous (? ) ce soir (? )
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2. Il viendra chez vous (...) ce soir. Le prosodème de la phrase exprime la valeur /affirmation, question, exclamation, commandement p.ex.:
communicative [14, p.60-61],
Tu restes.
Tu restes?
Tu restes!
On voit donc que le système de prosodèmes est aussi bien structure' que les autres systèmes linguistiques, par exemple, celui de phonèmes.
SYSTÈME ACCENTUEL NATURE PHYSIQUE BE L'ACCENT FRANÇAIS
Les caractéristiques pnvsiques utilisés pour la mise en valeur accentuelle sont Ténergie articulatoire, la hauteur mélodique et la durée. Leurs combinaisons sont varie'es dans la réalisation de l'accent de différentes langues. Notons que les recherches sur la nature physique de v<Taccent français ont une très longue histoire.
Les phonéticiens du début du XXe siècle qui n'utilisaient que la mét'hodé d'analyse auditive, présentaient de différents points de vue sur la substance physique de l'accent français. M.Grammont, P.Passy, L.Roudet, J.Marouzeau, P.Fouché le considéraient comme accent dynamique ou accent de force parce que la syllabe accentuée est perçue comme plus forte que les autres. Ph.Martinon,J.Tarnaud et S.Borel-Maisonny le nommaient accent tonique ou musical à cause des modifications tonales bien perçues affectant les syllabes accentuées. Selon R. de Souzat l'accent français est un accent de durée.
Comme on le voit, les définitions de la nature acoustique de l'accent étaient subjectives, car à cette époque les savants ne disposaient pas encore d'instruments d'analyse.
Les recherches expérimentales effectuées actuellement dans notre pays et à l'étranger prouvent que la nature physique de l'accent français est beaucoup plus complexe qu'on ne se l'imaginait autrefois. Ainsi, l'emploi des méthodes d'analyse et de synthèse a permis d'affirmer de façon convaincante que l'accent est le re'sultat de la participation simultanée de plusieurs paramètres dans leurs combinaisons différentes. Les travaux de K.Barychnikova menés sur des textes dialogues ont montré que les structures acoustiques de l'accent se présentent de la façon suivante
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selon la fréquence d'occurence: durée + hauteur musicale + intensité'; hauteur musicale + durée; durée seule [ 5, 8l .
L'intensité", la hauteur musicale et la durée se combinent générale-ment dans des proportions inégales ce qui constitue les caractéristiques particulières des différentes langues. Examinons la part de chaque paramètre dans la réalisation de l'accent en français.
Quant à Fin te n si te',elle ne s'avère pas nécessairement dans les syllabes accentuées qui sont même les plus faibles lorsqu'elles terminent la phrase.Cela ne veut pas dire que l'intensité' joue un rôle de peu d'importance ;tout au contraire, ce rôle est en quelque sorte négatif .Selon P.De-lattre, c'est dans l'absence d'intensité proéminente~que réside l'une des caractéristiques les plus frappantes de l'accent français.Pourtant l'intensité est le principal moyen de l'accentuation en russe ce qui donne à cette langue un de ses caractères particuliers. Le français et le russe se distinguent encore par le rapport de la syllabe accentuée et des inaccentuées dans l'unité accentuelle. En français l'accent à un faible relief perceptuel a cause de la faiblesse de sa réalisation acoustique alors que les syllabes inaccentuées gardent toute leur précision articulatoire. En russe les syllabes accentuées sont fortes, alors que les inaccentuées ne sont pas articulées avec beaucoup de précision.
La hauteur musicale n'a pas toujours le même sens dans la phrase: tantôt elle se situe plus haut, tantôt plus bas, ce qui diminue sa valeur comme facteur de l'accent. Il est à noter que les variations sensibles de hauteur ne sont pas toujours présentes dans l'accent français et qu'on peut les supprimer sans perdre l'impression de l'accent.Il faut donc admettre que le rôle de la hauteur comme facteur de l'accent, si important qu'il soit, reste accessoire.
Le rôle de la durée est tout à fait autre. P.Delattre [56, p.65-68] a montré clairement qu il suffit d'augmenter la durée de la syllabe pour donner l'impression de l'accent et que la durée est le seul élément qui soit toujours en excès dans la syllabe accentuée. Selon PDelattre, la syllabe accentuée est habituellement deux fois plus longue que les syllabes inaccentuées.
Donc, le rôle de la durée est très positif. La durée est le seul des trois éléments acoustiques qui soit toujours un facteur de l'accent français. C'est le seul composant qui puisse y varier indépendamment des deux autres. Et c'est, dans le sens positif, l'élément le plus étroitement uni à l'accent en français.
PLACE DE L'ACCENT
La place de l'accent dans le mot diffère selon les langues. L'accent peut être fixe c'est-à-dire il affecte toujours une mime syllabe du mot. Les langues à accent fixe sont, par exemple, le français et le tchèque.
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En tchèque c'est la première syllabe qui est affectée: de l'accent: 'okno, 'okenni, 'parapet, en français — la dernière: bonté, changeur, consonne.
La position finale de l'accent français s'explique par l'e'tymologie car il est une survivance de l'ictus des mots latins correspondants. Au cours de l'histoire du développement de la langue française les mots empruntés au latin ont perdu leurs syllabes finales atones et l'accent est devenu final en français. A comparer: lat: advo'catum, fenestra, hospi-'talem — fr.: avoué, fenêtre, hôpiïal.
Dans plusieurs autres langues, par contre, la place de l'accent est libre car il tombe sur l'une ou l'autre syllabe du mot selon des lois complexes liées à la structure morphonologique. La place de l'accent est libre ou mobile: en russe —'домик, до'мишко, домо'вой; en allemand —'Biicher, BucheVei; en italien —'casa, ca'setta.
Les syllabes inaccentuées sont inégales entre elles et peuvent porter un accent secondaire. D'après L.Scerba l'accent secondaire consiste dans l'articulation très nette de la voyelle qui la porte [45, p.90] . Les syllabes voisinant immédiatement avec la syllabe accentuée sont les plus faibles et l'accent secondaire tombe en français sur la syllabe impaire à partir de l'accent final: imperceptible, malheureusement.
Plus rarement la syllabe inaccentuée la plus nette est celle qui précède immédiatement l'accent. C'est le cas en russe, où la syllabe qui se trouve avant l'accent est plus forte et notamment plus longue que les autres syllabes inaccentuées: le mot сковор'одка est prononce' [skAva 'rotkA], la syllabe [va] est plus forte et plus longue que les deux autres syllabes inaccentuées, la voyelle par conséquent a un timbre moins neutre: [a] et non [л] . C'est là une source de difficultés pour les étrangers qui apprennent le russe.
Il est cependant à remarquer que certains phonéticiens mettent en doute l'existence de l'accent secondaire en français. Ainsi A.Rigault dans son étude récente de la prononciation des Français a montré que l'accent secondaire change de place suivant les sujets et ne frappe pas toujours la même syllabe du même mot, situe' dans le même contexte, lorsque le même locuteur le prononce plusieurs fois. II s'ensuit selon A.Rigault, que cette proéminence, qui est liée plutôt au rythme, est un phénomène si fuyant et si instable que la notion de l'accent "secondaire" en français doit être définitivement abandonnée [97, p.290] .
Pourtant la proéminence des syllabes non-finales du mot existe et il faut en chercher l'origine et la définition. P.Garde dans son ouvrage "L'accent" prétend la nommer "e'cho d'accent" [68, p.53-57] . A son avis, il n'y a rien de commun entre l'écho d'accent et l'accent secondaire avec lequel on le confond quelquefois. Ils diffèrent par deux points:
1. La place de l'écho se déduit de celle de l'accent principal, tandis que la place de l'accent secondaire n'en re'sulte pas. Ainsi en allemand
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les accents principal et secondaire sont sépare's par une syllabe dans "Burgermeister, par deux dans "ausergéwtfhnlich, par aucune dans "Spieïzeug.
2. L'écho appartient à la même unité' accentuelle que l'accent, alors que l'accent secondaire forme une autre unité' accentuelle, par exemple, en allemand il apparaît le plus souvent dans le deuxième élément d'un mot compose' (voir les mêmes exemples).
Donc, en acceptant les arguments convaincants de P.Garde, il vaut mieux réconnaître l'existence de deux phénomènes différents: écho et accent secondaire. En français l'accent secondaire s'observe le mieux dans des mots composés. La recherche consacrée à l'étude de la structure accentuelle des mots composés a permis de voir clairement que leurs éléments initiaux portent un accent secondaire à côté de l'accent principal frappant les éléments finaux des mots [42] . La place de l'ac-r cent secondaire de'pend du nombre de syllabes que comporte le premier élément du mot composé. Si cet élément possède une seule syllabe alors c'est bien elle qui porte l'accent secondaire: pont-route ['p_5—"rut], porte-monnaie ['port - mo-"n£,], femme-savant \'fam - sa -"va]. Si le premier élément du mot compose' possède deux ou plusieurs syllabes, l'accent secondaire frappe alors la dernière : chemiserie-lingerie [ 53 —mi-'zri- leT —'sri], wagon-restaurant [va- 'go- res-to-"r8.] ,manteau-mode [ma-'to-''mod].
Par contre, dans les mots polysyllabiques qui sont assez rares en français à côte' de l'accent final existe une proéminence dénommée "écho d'accent" qui marque la troisième syllabe à partir de la fin du mot: Constantinople [k5s -43.—ti -Рпэр1], crépuscule ['kre.-pys -"kyl].
ACCENT DE MOT. ACCENT DE PHRASE
Parmi toutes les définitions de l'accent de phrase nous acceptons celle d'A.Martinet: "L'accent est la mise en valeur d'une s y 1-labe,et d'une seule,dans ce qui représente, p о u r une langue donnée, l'u n i t e a с с e n t u e 11 e" [90, p.89] . Dans la plupart des langues cette unité', munie d'un seul accent, coihcide avec le mot. Il en est ainsi en russe, en italien, en polonais, etc. Citons une phrase du russe: Целую неделю 'шли дожди. Dans cette phrase il y a quatre mots,et quatre unités accentuelles se dégagent nettement. Chaque unité accentuelle possède une syllabe mise en valeur à côté des autres qui ne le sont pas.
Par contre, l'unité accentuelle en français, ce n'est pas un mot mais un groupe de mots. La même phrase en français a six mots, mais seulement deux unités accentuelles indivisibles: Л а *plu toute la semaine.
L'accent français qui est fixe au sein du mot isole' devient en quelque sorte mobile dans la chaîne parlée. Comparons quelques phra-
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ses- C'est une 'salle. — C'est une salle 'claire; Vous parlez. — Vous ne parlez 'pas. — Vous ne parlez pas 'vite.
On voit bien que l'accent change de place lorsque la phrase s'allonge. Cette grande variété de l'accentuation de phrase a permis à A.Rigault de qualifier l'accent français comme "fuyant, très difficile à saisir, sinon insaisissable: il est là, sans y être, tout en y étant " [96, p. 1] .
Donc, dans la phrase française l'accent appartient non au mot mais à l'unité accentuelle. Par analogie au mot isole7, l'unité accentuelle porte l'accent sur sa dernière syllabe. Ce fait permet de relever la fonction dé-limitative de l'accent de phrase en tant que moyen principal de la segmentation de la chaîne parle'e. Bien que l'accent accomplisse une telle fonction dans n'importe quelle phrase, elle est le mieux observée dans des unités homophones. En témoigne le résultat de la recherche du phonéticien soviétique V.Sokolova sur le problème de l'identification des frontières des mots français dans la chaîne parlée. V.Sokolova a démontré le rôle délimitatif de l'accent parmi les autres moyens prosodiques tels que la mélodie et la pause [39]. L'auteur compare les expressions du type:
il parle d'une autre — il parle du notre
c'est d'une ère — с'est du nerf
il répond d'une ombre — il répond du nombre.
Dans les groupes d'une autre, d'une ère, d'une ombre la consonne "n" est une consonne d'enchaînement, dans les groupes du nôtre, du nerf, du nombre c'est déjà la consonne initiale des mots. Les frontières des mots cités ne sont pas manifestées car il n'y a pas de marques prosodiques délimitatives telles que pause, accent, mélodie. Par contre, dans les expressions donna Pierre et donne h Pierre les frontières des mots sont nettement marquées ce qui est possible grâce a l'accent bien perçu.
Qu'est-ce qui arrive alors aux mots qui ne sont pas à la fin de l'unité? En phonétique traditionnelle (voir les travaux de M.Grammont, L.Scer-ba) on parlait de leur désaccentuation complète. Pourtant les résultats des recherches expérimentales montrent que les mots qui pourraient porter l'accent à l'état isolé, se trouvant à l'intérieur de l'unité accentuelle, gardent certains traits d'accent. D'après les données de P.De-lattre confirme'es par les études des phonéticiens soviétiques ces mots ne sont que partiellement désaccentués.
Pour observer la différence entre les syllabes accentuées, inaccentuées et désaccentuees P.Delattre propose la comparaison des phrases suivantes: II prétend qu'il t'aime. — П doit aimer la pêche. ~ On aime le français.
Dans la première phrase, le [& ] du mot aime est franchement
Dans la deuxième phrase le [b] du mot aimer n'est ni dans la syllabe fi-
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nale de l'unité ,ni dans la syllabe finale du mot significatif,il est donc pleinement inaccentué'.
Dans la troisième phrase le [ £ ] se trouve en syllabe finale du mot significatif aime à l'intérieur de l'unité' accentuelle. Il est désigne' alors comme désaccentué.
Ainsi on voit bien que l'accent établit une hiérarchie de syllabes, un contraste dans le plan syntagmatique (linéaire) du discours, car il donne à telle ou telle syllabe une proéminence plus grande qu'à celles qui l'entourent. Par la suite sa fonction peut être désignée comme с u 1 m i -native (fonction de mise en valeur) ou contrastive.
TYPES D'ACCENT DE PHRASE ET LEURS FONCTIONS
L'analyse générale des travaux en phonétique montre qu'il existe une sorte de confusion dans la typologie des accents français: en parlant des types d'accent certains phonéticiens se réfèrent aux textes écrits, d'autres a la communication orale qui ne sont pas identiques. K.Barych-nikova remarque à juste titre que dans un texte correctement e'crit du point de vue syntaxique et lu à haute voix les accents de phrase sont réalise's d'après la tendance traditionnelle du regroupement des mots en unités accentuelles. Mais dès que le chercheur tente de se plonger dans le discours prononcé, ces lois cessent d'agir et les mots se dispersent et se groupent par des accents dont la réalisation ne correspond pas toujours a l'accentuation présupposée; de plus apparaissent des proéminences syllabiques nouvelles, inattendues qui désemparent le chercheur [50, p. 105] .
Les résultats des études expérimentales des dernières années persuadent qu'uneanalyse approfondie du fonctionnement de la proéminence syllabique doit tenir compte de toutes ses manifestations dans divers formes et types du langage. La recherche spéciale visant l'analyse de toutes les proéminences syllabiques du point de vue de leur substance, de leur place et de leurs fonctions a permis de définir un nombre restreint de types d'accent en français parle' [ 22] .
Il faut distinguer le phénomène de proéminence syllabique et celui de l'accentuation en prenant en considération que tout accent est une proéminence syllabique, mais toute proéminence syllabique n'est pas un accent, la notion de la proéminence syllabique étant plus large que celle de l'accent. Cette distinction est fondée sur la différence de la distribution et de la fonction de ces deux phénomènes prosodiques. L'accent se place à la fin de l'unité accentuelle tandis que la proéminence syllabique se réalise à l'intérieur de l'unité. Quant à la fonction, celle de l'accent consiste en formation de la base sémantique du discours grâce a la séparation des unités accentuelles et leur regroupement suivant le sens; celle de la proéminence syllabique, par contre, sert à maintenir la struc-
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ture rythmique de l'énoncé aussi bien qu'à la nuancer suivant la situation de communication.
Procédons à l'analyse des types d'accent et de proéminence syllabique.
Parmi les accents on distingue: - a) celui qui marque des unités accentuelles indivisibles;
b) celui qui marque des unités accentuelles divisibles,;
c) l'accent marquant des unités accentuelles finales de la phrase.
Le type d'accent qui marque les unités accentuelles indivisibles (fig. 14) est relativement faible et a pour fonction essentielle le regroupement des syllabes inaccentuées en unité de sens élémentaire:
Je vais vous 'dire, ce que me rappellent tous les "ans...
... L'étu'diant jouit de l'adcès au restaurant universitaire, au club sportif, cinémathèque, etc.
Fig. 14. Type d'accent qui marque les unités accentuelles indivisibles.
Les autres types d'accent sont relativement forts. Dans la prosodie de l'énoncé, conditionnée par le contenu et le contexte, ces accents assument des fonctions différentes. Le type d'accent réalise' à la fin de l'unité accentuelle divisible (fig. 15), remplit la fonction groupante contribuant à la liaison de quelques unités accentuelles indivisibles qui portent une information secondaire dans le contenu de l'énoncé:
Je vais vous 'dire, ce que me rappellent tous les "ans ...
Vous vivrez dans un "obce&tié" "™™" ™ ''"'"" sieurs par "chambre ...
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comme on l'appelle la-bas plu-
Fig. 15. Type d'accent qui marque les unite's accentuelles divisibles.
L'apparition d'une syllabe fortement accentuée à la fin de l'unité7 accentuelle indivisible est conditionnée par la nécessite' de la délimitation des membres importants de la phrase. Il s'agit dans ce cas d'une unité indivisible relativement autonome.
... car ce petit"bonhomme est une "ombre ...
Ma pensée "seule le "voit^...
Vous vivrez dans un "obce'gitié" comme on l'appelle lâchas, plusieurs par "chambre ...
L'accent qui marque l'unité' accentuelle de fin de phrase (fig. 16) a pour fonction le regroupement des unite's accentuelles de hiérarchie différente et la formation de la phrase en tant qu'unité' essentielle de communication:
Votre présence ici prouve l'intérêt que vous portez à l'institut que je dirige.
F i g. 16. Type d'accent marquant la fin de la phrase.
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Ma pedsee "seule le "voit; car ce petit bonhomme est une "ombre c'est l'ombre du'moi que j'étais il y a vingt-cinq "ans (A.F r a n с e).
La proéminence syllabique qui fonctionne à l'intérieur de l'unité7 accentuelle est présentée par: a) le procédé phonétique qualifié traditionnellement d'"accent d'insistance"; b) la proéminence perçue avant les pauses d'hésitation; c) la proéminence des syllabes partiellement désaccentuées en fin des mots.
a) La proéminence syllabique dénommçe "accent d'insistance" se manifeste essentiellement, comme le présente M.Grammont, sur la première syllabe des mots qui commencent par une consonne, sur la pre-miè're et la deuxième de ceux qui commencent par une voyelle.
Affinant l'analyse , J.Marouzeau a distingué7 2 types d'accent d'insistance: un. "accent affectif" et un "accent intellectuel", celui-là allonge la lre consonne d'un mot à valeur affective (ou la 2e quand l'initiale du mot est une voyelle), l'autre renforce l'intensité' de la lre syllabe d'un mot que l'on veut mettre en opposition avec un autre [85, p.65-66] . A comparer:
Accent d'insistance à valeur affective: insupportable, épouvantable, il est 'toque'.
Accent d'insistance à valeur intellectuelle: 'ni flanelle 'ni pull-over; il 'conservait beaucoup de choses.
Il est a noter que ces types d'accent d'insistance étaient délimités par l'emploi de la méthode auditive seule. D'après les dernières données expérimentales de G.Vo'inova qui confirment les résultats de F.Carton, le procède' dit "accent d'insistance" existe incontestablement mais la distinction "affectif/intellectuel" n'est pas valable car sa réalisation acoustique ainsi que sa place ne sont pas constantes [54, p.121; 17, p. 3-15] .
La fonction essentielle de l'accent d'insistance consiste à privilégier telle unité' au détriment des autres. L'accent d'insistance (fig. 17), sans changer le sens général de la phrase, modifie la hiérarchie des syllabes en touchant le rythme car d'une part, deux syllabes de suite peuvent être accentuées, l'une étant frappée par l'accent final, l'autre par l'accent d'insistance: 'parfait; d'autre part, il contribue à la formation dans la chaîne parlée d'une quantité considérable de structures rythmiques de trois syllabes, propres au rythme du français:
... nous partirons "samedi mcltin ...
... la profession plus ^communément appelée ...
Certains phonéticiens précisant les fonctions de ces types d'accent d'insistance proposent de distinguer l'accent émotionnel et oratoire (K.Nyrop), emphatique et oratoire (Ph.Martinon), emphatique et logique (L.Scerba).
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................IIP IF ^v^"....."........I II II II M 11111 111 II I UN III ^4
Fig. 17. Type de proéminence syllabique fonctionnant à l'initiale de l'unité ac-centuelle (accent d'insistance).
A la différence de l'accent qui marque la fin des unités accentuelles l'accent d'insistance est facultatif: si l'on désire on indique ce qu'on ressent ou ce qu'on pense à l'égard de ce qu'on dit [54, p.120l •
L'accent d'insistance peut se manifester de plusieurs manières:
— soit par une variation importante de hauteur de la voix entre deux syllabes;
— soit par un poids plus grand donne' à la première consonne du mot et par une intensité' plus forte sur la voyelle qui suit;
— soit par un arrêt brusque du flux verbal avant le mot à mettre en valeur et par la production d'une occlusive glottale devant la voyelle initiale (coup de glotte): c'est une chose 'affreuse.
b) A l'mte'rieur des unite's accentuelles peut y avoir une proéminence des syllabes partiellement désaccentuées [3; 36; 38; 23] : с 'est-a-ûire le département économique et financier... ... débuteront les séries ..., ... des travaux diri'gés ...
| ЦП | | | | | | | | | | I I I I I I I II I I I I I M II II I MAI l i i i i..............
Fi g. 18 (fin).
Cette proe'minence syllabique étant à peine esquissée (fig. 18) manifeste toute une gamme de nuances complétant le sens de l'énonce' d'une manière assez considérable. C'est elle qui sert à former la plus grande quantité' de structures rythmiques à trois syllabes.
c) L'apparition des syllabes fortement allongées provoquée par toutes sortes d'hésitations (fig. 19) n'a lieu que dans le langage spontané':
Le candidat admis doit passer Tes... en première annexe il doit passer quatre examens.
................, , ! ,| | | | I I l-v»*l II.....
Fig. 18. Type de proéminence syllabique par désaccentuation.
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Fig. 19. Type de proe'minence syllabique conditionnée par l'hésitation.
RYTHME
Comme toutes les activités humaines le langage est régi par les tendances du rythme qui est un phénomène prosodique fort complexe. C'est la définition du rythme donnée par M.Grammont qui reste actuelle jusqu'à nos jours: "Le rythme c'est le retour à intervalles plus ou moins réguliers des syllabes accentuées" [70, p. 105] .
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Le principe rythmique de périodicité se manifeste dans la succession réguilière des syllabes inaccentuées et des syllabes accen-tue'es. Ce principe, comme l'e'crit P.Passy, peut modifier, parfois même supprimer l'accentuation normale, à comparer: L'ami de Pierre [l^ami da 'pjfcï] —L'ami d(e) Pierre [Г^агш 'tpje :r] . Dans la deuxième phrase la syllabe "mi" se désaccentue en vertu du principe rythmique de périodicité: c'est que le français ne supporte pas ou supporte difficilement deux accents de suite.
Les accents de phrase n'ont pas le même degré' de proe'minence: il y en a des faibles qui délimitent les unités accentuelles élémentaires, indivisibles; il y en a des relativement forts qui mettent en relief les unités de sens plus importantes et qui groupent les unite's élémentaires en unités plus grandes, divisibles:
La !lune toute "ronde et couleur de "pourpre se levait a 'ras de "terre au 'fond de la prai"rie (G.F 1 a u b e r t).
Donc on voit bien que la périodicité rythmique se manifeste non seulement dans la succession périodique des syllabes inaccentuées et accentuées mais aussi dans la succession régulière des syllabes accentuées de différents degrés de proéminence. Pour que le rythme soit réalisé il faut qu'il y ait dans la chaîne parlée une hiérarchie des accents. La périodicité' rythmique obéit à des lois, mais celles-ci sont différentes pour chaque langue.
A la différence du russe le français est caractérise' par la marche ascendante du rythme, c'est-à-dire que dans la phrase française les syllabes inaccentuçes précèdent les syllabes accentuées. Par contre, la marche descendante du rythme en russe suppose un mot monosyllabique initial accentue'du groupe:
'Море все в жи&ых 'белых 'пятнах, 'словно бесчисленные 'стаи 'птиц опускались на его 'синюю равнину (М.Г о р ь к и и).
Cependant on trouve en français, surtout dans la conversation spontanée, des unités accentuelles dans lesquelles l'ordre habituel est rompu par la mise en valeur de la première syllabe. Cette tendance du rythme revient ensuite à l'ordre habituel dans l'unité accentuelle complexe qui se termine, après quelques syllabes inaccentuées, par la syllabe accentuée [9, p. 51] :
'Puis la Na'non faisait partie de la famille ...
La loi d'alternance des accents détermine le rythme et crée s a structure.
L'unité rythmique est le groupe de syllabes dont une seule est proéminente. Le rythme du langage ne se présente pas comme le "ta-cata" de la mitrailleuse, car les syllabes commencent doucement. C'est plutôt le battement d'un coeur: selon Aristote, celui-ci est la source même du rythme poétique.
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Les structures rythmiques les plus constantes du français sont celles à 2 ou 3 syllabes: o-, oo-'l bien qu'il y en ait qui contiennent 4, 6 et même plus de syllabes [ 5] :
Je 'viens vous "voir parce 'que j'étais 'très intéressée par l'annonce qui est passée dans "l'Hulnanité" 'd'hier concernant un 'poste de 'traductrice vacant.
L'emploi régulier des structures rythmiques constantes forme, selon la théorie de K.Barychnikova, le rythme statique qui s'est développé au cours de l'évolution de la langue française [48] . La réalisation du rythme statique dépend du sens et du style de l'énoncé. Par exemple, dans le discours solennel ou officiel la répétition régulière des structures rythmiques brèves, à deux ou à trois syllabes, est plus constante que dans la conversation familière. Dans ce type de discours on emploie très souvent des structures rythmiques longues contenant 6-9 syllabes et encore plus. La variabilité' de la réalisation des structures rythmiques dans différents types et styles du langage crée le rythme dynamique. A comparer:
Style recherche':... vous 'pourrez 'faire de'l'enseignement, vous 'pourrez 'faire du tourisme, vous pourrez 'sur'lout 'faire du com-'merce...
Style familier:... c'est un département très intéressant, parce qu'on y apprend beaucoup de 'choses ...
La nature physique du rythme doit être envisagée comme la r e'-partition périodique de la durée dans la chaîne parlée, c'est-à-dire la répartition périodique des syllabes longues et brèves.
Le mécanisme réglant les rapports de durée diffère d'une langue à l'autre. Ainsi le modèle rythmique du français se caractérise par l'e'galite' (isochronie) des syllabes. Au niveau de l'unité accentuelle la dure'e de la syllabe accentuée dépasse celle des syllabes inaccentuées qui ont tendance à l'isochronie. Au niveau de la phrase la durée de la syllabe accentuée finale est deux fois plus grande que celle des autres y compris les syllabes accentuées.
La recherche expérimentale consacrée à l'étude du rythme en français prouve que la syllabe accentuée finale de la phrase est l'élément principal du point de vue de la réalisation du rythme. L'inertie rythmique trouve sa réalisation non pas dans la succession simple des unités accentuelles mais dans la syllabe finale de l'unité rythmique plus complexe, la phrase [43, p. 16] .
Puisque la réalisation du rythme est liée à l'accentuation on peut conclure que le rythme accomplit trois fonctions essentielles: d é m a r -
Par le signe "o" sont marquées des syllabes inaccentuées, par le signe "—" des syllabes accentuées.
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cative, co^ntrastive et organisatrice. En accomplissant sa fonction démarcative ou delimitative, il sert de moyen du démembrement de l'énonce7 pour qu'il soit compris par l'auditeur. Dans son étude expérimentale dirigée sur l'analyse des textes monologues M.Dé-chevitsine a montre le rôle important du rythme en tant que moyen de segmentation prosodique. D'après les résultats obtenus l'auteur fait la conclusion que la fonction delimitative du rythme français s'effectue non seulement par la succession des syllabes accentuées et inaccentuées, mais aussi par l'alternance des unités accentuelles divisibles qui ont tendance à l'isochronie f 20l.
A part la fonction delimitative le rythme réalise le contraste entre les segments du discours, notamment entre les syllabes de dif-fe'rents degrés de proéminence. Dans sa fonction organisatrice il contribue à la mise en relief des segments du discours plus ou moins importants du point de vue sémantique.
Il est enfin à noter que ce n'est pas l'accent seul mais tout fait phone'tique susceptible d'être interprété comme distinctif par opposition à d'autres qui contribue aux efifets rythmiques: le timbre vocalique, le bruit consonantique, l'intensité'relative, la mélodie.
SYSTÈME MELODIQUE
La m é 1 о d i e (ligne musicale) implique des variations de hauteur-tonale qui affectent,de diverse façon, les syllabes successives de la phrase.
Sur le plan articulatoire la mélodie résulte de l'activité7 des cordes vocales. Le mécanisme réglant la fréquence des vibrations des cordes vocales est assez complexe. Les récentes méthodes d'investigation de la physiologie de la parole ont démontre' que dans ce vaste ensemble des organes phonatoires responsables du voisement (de la voix) le rôle primordial revient aux divers muscles du larynx ainsi qu'à la pression sous-glottique.
Du point de vue acoustique la mélodie représente des variations d e fréquence fondamentale réparties entre les éléments sonores de la phrase. Dans l'e'tude de la fre'quence fondamentale il faut tenir compte de certains facteurs qui provoquent ses modifications. Voici quelques-uns de ces facteurs: ,
La fréquence fondamentale varie sensiblement selon que le sujet parlant est un homme ou une femme. I.Lehiste cite les moyennes suivantes: pour la voix masculine, elle est de 132 Hz, pour la voix féminine, de 223 Hz, un enfant aura une moyenne de 264 Hz. Il est évident que ces variations de fre'quence fondamentale n'ont pas de valeur fonctionnelle, car elles n'influencent pas les contrastes mélodiques pertinents caractéristiques d'un tel ou tel e'nonce.
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Certaines perturbations de fréquence fondamentale sont dues à la nature des sons porteurs de la fondamentale ou au contexte phonique. Des recherches instrumentales montrent que les voyelles fermées ont une fréquence fondamentale supérieure à celle des voyelles ouvertes. La fréquence fondamentale d'une même voyelle subit des variations plus ou moins importantes en fonction de son entourage consonantique: elle augmente dans le cas où la voyelle est suivie d'une consonne sourde. Une consonne sonore produit un effet inverse. On constate e'galement que l'influence des consonnes sourdes sur l'accroissement de la fre'quence des voyelles est plus importante pour les voyelles fermées que pour les voyelles ouvertes et que l'influence des constrictives est supérieure à celle des occlusives. Ces modifications de la fondamentale nommées intrinsèques et cointrinsèques [ 62], doivent également être exclues du contour mélodique de la phrase en raison de leur caractère non-informationnel.
Les variations de fréquence fondamentale sont les indices acoustiques principaux responsables de la perception de hauteur mélodique, mais non les seuls: lorsque la fréquence fondamentale est atténuée, d'autres paramètres (intensité, durée) tendent à être renforcés ou à augmenter en nombre. Ainsi, l'accroissement de l'intensité7 en fin de phrase facilite la perception de la mélodie descendante, même si la variation de la fre'quence fondamentale y est minime.
FONCTIONS DE LA MELODIE
La mélodie est considérée comme l'élément prosodique qui joue le rôle primordial dans la formation du message parle'. C'est par la mélodie que "les mots, unités de la langue, acquièrent la qualité de phrases ou d'éléments de phrase et deviennent, par cela, des unités du discours" [64, p. 81] . L'importance de la mélodie est telle qu'elle détermine souvent, a elle seule, la valeur syntaxique et sémantique d'une phrase. Soit la phrase constitue'e du mot magnifique (l'exemple est emprunté à G.Faure). Affectée d'un ton aigu sur la première syllabe, puis d'une descente progressive avec une chute marquée de la voix sur la dernière syllabe, cette courte phrase sera interprétée comme la manifestation d'un sentiment sincère d'admiration:
