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ivanov666
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Файл:Du côté de chez Swann
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DU COTE DE CHEZ SWANN
d'un autre homme, il eût souffert, car cette image lui eût paru vraisemblable. Mais qu'elle allât chez des maquerelles, se
livrât à des orgies avec des femmes, qu'elle menât la vie crapuleuse de créatures abjectes, quelle divagation insensée à la
réalisation de laquelle, Dieu merci, les chrysanthèmes imaginés, les thés successifs, les indignations vertueuses ne laissaient aucune place. Seulement de temps à autre, il laissait
entendre à Odette que par méchanceté, on lui racontait tout
ce qu'elle faisait; et, se servant à propos, d'un détail insignifiant mais vrai, qu'il avait appris par hasard, comme s'il était
le seul petit bout qu'il laissât passer malgré lui, entre tant
d'autres, d'une reconstitution complète de la vie d'Odette
qu'il tenait cachée en lui, il l'amenait à supposer qu'il était
renseigné sur des choses qu'en réalité il ne savait ni même
ne soupçonnait, car si bien souvent il adjurait Odette de ne
pas altérer la vérité, c'était seulement, qu'il s'en rendît
compte ou non, pour qu'Odette lui dît tout ce qu'elle faisait.
Sans doute, comme il le disait à Odette, il aimait la sincérité,
mais il l'aimait comme une proxénète pouvant le tenir au
courant de la vie de sa maîtresse. Aussi son amour de la sincérité n'étant pas désintéressé, ne l'avait pas rendu meilleur.
La vérité qu'il chérissait c'était celle que lui dirait Odette;
mais lui-même, pour obtenir cette vérité, ne craignait pas
de recourir au mensonge, le mensonge qu'il ne cessait
de peindre à Odette comme conduisant à la dégradation
toute créature humaine. En somme il mentait autant
qu'Odette parce que plus malheureux qu'elle, il n'était pas
moins égoïste. Et elle, entendant Swann lui raconter ainsi
à elle-même des choses qu'elle avait faites, le regardait d'un
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MARCEL PROUST
air méfiant, et, à toute aventure, fâché, pour ne pas avoir l'air
de s'humilier et de rougir de ses actes.
Un jour, étant dans la période de calme la plus longue
qu'il eût encore pu traverser sans être repris d'accès de jalousie, il avait accepté d'aller le soir au théâtre avec la princesse
des Laumes. Ayant ouvert le journal, pour chercher ce qu'on
jouait, la vue du titre: Les Filles de Marbre de Théodore Barrière le frappa si cruellement qu'il eut un mouvement de recul
et détourna la tête. Éclairé comme par la lumière de la rampe,
à la place nouvelle où il figurait, ce mot de «marbre» qu'il
avait perdu la faculté de distinguer tant il avait l'habitude
de l'avoir souvent sous les yeux, lui était soudain redevenu visible et l'avait aussitôt fait souvenir de cette histoire qu'Odette
lui avait racontée autrefois, d'une visite qu'elle avait faite au
Salon du Palais de l'Industrie avec Mme Verdurin et où celleci lui avait dit: «Prends garde, je saurai bien te dégeler, tu n'es
pas de marbre.» Odette lui avait affirmé que ce n'était qu'une
plaisanterie, et il n'y avait attaché aucune importance. Mais
il avait alors plus de confiance en elle qu'aujourd'hui. Et justement la lettre anonyme parlait d'amour de ce genre. Sans oser
lever les yeux vers le journal, il le déplia, tourna une feuille
pour ne plus voir ce mot: «Les Filles de Marbre» et commença
à lire machinalement les nouvelles des départements. Il y
avait eu une tempête dans la Manche, on signalait des dégâts
à Dieppe, à Cabourg, à Beuzeval. Aussitôt il fit un nouveau
mouvement en arrière.
Le nom de Beuzeval l'avait fait penser à celui d'une autre
localité de cette région, Beuzeville, qui porte uni à celui-là par
un trait d'union, un autre nom, celui de Bréauté, qu'il avait vu
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souvent sur les cartes, mais dont pour la première fois il remarquait que c'était le même que celui de son ami M. de Bréauté dont la lettre anonyme disait qu'il avait été l'amant
d'Odette. Après tout, pour M. de Bréauté, l'accusation n'était
pas invraisemblable; mais en ce qui concernait Mme Verdurin, il y avait impossibilité. De ce qu'Odette mentait quelquefois, on ne pouvait conclure qu'elle ne disait jamais la vérité
et dans ces propos qu'elle avait échangés avec Mme Verdurin
et qu'elle avait racontés elle-même à Swann, il avait reconnu
ces plaisanteries inutiles et dangereuses que, par inexpérience
de la vie et ignorance du vice, tiennent des femmes dont ils
révèlent l'innocence, et qui–comme par exemple Odette–
sont plus éloignées qu'aucune d'éprouver une tendresse exaltée pour une autre femme. Tandis qu'au contraire, l'indignation avec laquelle elle avait repoussé les soupçons qu'elle avait
involontairement fait naître un instant en lui par son récit,
cadrait avec tout ce qu'il savait des goûts, du tempérament
de sa maîtresse. Mais à ce moment, par une de ces inspirations
de jaloux, analogues à celle qui apporte au poète ou au savant,
qui n'a encore qu'une rime ou qu'une observation, l'idée ou
la loi qui leur donnera toute leur puissance, Swann se rappela
pour la première fois une phrase qu'Odette lui avait dite il y
avait déjà deux ans: «Oh! Mme Verdurin, en ce moment il n'y
en a que pour moi, je suis un amour, elle m'embrasse, elle veut
que je fasse des courses avec elle, elle veut que je la tutoie.»
Loin de voir alors dans cette phrase un rapport quelconque
avec les absurdes propos destinés à simuler le vice que lui
avait racontés Odette, il l'avait accueillie comme la preuve
d'une chaleureuse amitié. Maintenant voilà que le souvenir
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de cette tendresse de Mme Verdurin était venu brusquement
rejoindre le souvenir de sa conversation de mauvais goût. Il ne
pouvait plus les séparer dans son esprit, et les vit mêlées aussi
dans la réalité, la tendresse donnant quelque chose de sérieux
et d'important à ces plaisanteries qui en retour lui faisaient
perdre de son innocence. Il alla chez Odette. Il s'assit loin
d'elle. Il n'osait l'embrasser, ne sachant si en elle, si en lui,
c'était l'affection ou la colère qu'un baiser réveillerait. Il se
taisait, il regardait mourir leur amour. Tout à coup il prit une
résolution.
– Odette, lui dit-il, mon chéri, je sais bien que je suis
odieux, mais il faut que je te demande des choses. Tu te souviens de l'idée que j'avais eue à propos de toi et de Mme Verdurin? Dis-moi si c'était vrai, avec elle ou avec une autre.
Elle secoua la tête en fronçant la bouche, signe fréquemment employé par les gens pour répondre qu'ils n'iront pas,
que cela les ennuie a quelqu'un qui leur a demandé: «Viendrezvous voir passer la cavalcade, assisterez-vous à la Revue?» Mais
ce hochement de tête affecté ainsi d'habitude à un événement
à venir mêle à cause de cela de quelque incertitude la dénégation d'un événement passé. De plus il n'évoque que des raisons
de convenance personnelle plutôt que la réprobation, qu'une
impossibilité morale. En voyant Odette lui faire ainsi le signe
que c'était faux, Swann comprit que c'était peut-être vrai.
– Je te l'ai dit, tu le sais bien, ajouta-t-elle d'un air irrité
et malheureux.
– Oui, je sais, mais en es-tu sûre? Ne me dis pas: «Tu le sais
bien», dis-moi: «Je n'ai jamais fait ce genre de choses avec aucune femme.»
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Elle répéta comme une leçon, sur un ton ironique
et comme si elle voulait se débarrasser de lui:
– Je n'ai jamais fait ce genre de choses avec aucune femme.
– Peux-tu me le jurer sur ta médaille de Notre-Dame
de Laghet?
Swann savait qu'Odette ne se parjurerait pas sur cette médaille-là.
– «Oh! que tu me rends malheureuse, s'écria-t-elle en se
dérobant par un sursaut à l'étreinte de sa question. Mais as-tu
bientôt fini? Qu'est-ce que tu as aujourd'hui? Tu as donc décidé qu'il fallait que je te déteste, que je t'exècre? Voilà, je voulais reprendre avec toi le bon temps comme autrefois et voilà
ton remerciement!»
Mais, ne la lâchant pas, comme un chirurgien attend la fin
du spasme qui interrompt son intervention mais ne l'y fait pas
renoncer:
– Tu as bien tort de te figurer que je t'en voudrais le moins
du monde, Odette, lui dit-il avec une douceur persuasive
et menteuse. Je ne te parle jamais que de ce que je sais, et j'en
sais toujours bien plus long que je ne dis. Mais toi seule peux
adoucir par ton aveu ce qui me fait te haïr tant que cela ne
m'a été dénoncé que par d'autres. Ma colère contre toi ne
vient pas de tes actions, je te pardonne tout puisque je t'aime,
mais de ta fausseté, de ta fausseté absurde qui te fait persévérer à nier des choses que je sais. Mais comment veux-tu que je
puisse continuer à t'aimer, quand je te vois me soutenir, me
jurer une chose que je sais fausse. Odette, ne prolonge pas cet
instant qui est une torture pour nous deux. Si tu le veux ce
sera fini dans une seconde, tu seras pour toujours délivrée.
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Dis-moi sur ta médaille, si oui ou non, tu as jamais fais ces
choses.
– Mais je n'en sais rien, moi, s'écria-t-elle avec colère,
peut-être il y a très longtemps, sans me rendre compte de ce
que je faisais, peut-être deux ou trois fois.
Swann avait envisagé toutes les possibilités. La réalité est
donc quelque chose qui n'a aucun rapport avec les possibilités, pas plus qu'un coup de couteau que nous recevons avec
les légers mouvements des nuages au-dessus de notre tête,
puisque ces mots: «deux ou trois fois» marquèrent à vif une
sorte de croix dans son coeur. Chose étrange que ces mots
«deux ou trois fois», rien que des mots, des mots prononcés
dans l'air, à distance, puissent ainsi déchirer le coeur comme
s'ils le touchaient véritablement, puissent rendre malade,
comme un poison qu'on absorberait. Involontairement Swann
pensa à ce mot qu'il avait entendu chez Mme de Saint-Euverte: «C'est ce que j'ai vu de plus fort depuis les tables tournantes.» Cette souffrance qu'il ressentait ne ressemblait à rien
de ce qu'il avait cru. Non pas seulement parce que dans ses
heures de plus entière méfiance il avait rarement imaginé si
loin dans le mal, mais parce que même quand il imaginait
cette chose, elle restait vague, incertaine, dénuée de cette horreur particulière qui s'était échappée des mots «peut-être deux
ou trois fois», dépourvue de cette cruauté spécifique aussi différente de tout ce qu'il avait connu qu'une maladie dont on
est atteint pour la première fois. Et pourtant cette Odette d'où
lui venait tout ce mal, ne lui était pas moins chère, bien au
contraire plus précieuse, comme si au fur et à mesure que
grandissait la souffrance, grandissait en même temps le prix
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du calmant, du contrepoison que seule cette femme possédait.
Il voulait lui donner plus de soins comme à une maladie qu'on
découvre soudain plus grave. Il voulait que la chose affreuse
qu'elle lui avait dit avoir faite «deux ou trois fois» ne pût pas
se renouveler. Pour cela il lui fallait veiller sur Odette. On dit
souvent qu'en dénonçant à un ami les fautes de sa maîtresse,
on ne réussit qu'à le rapprocher d'elle parce qu'il ne leur
ajoute pas foi, mais combien davantage s'il leur ajoute foi.
Mais, se disait Swann, comment réussir à la protéger? Il pouvait peut-être la préserver d'une certaine femme mais il y en
avait des centaines d'autres et il comprit quelle folie avait passé sur lui quand il avait le soir où il n'avait pas trouvé Odette
chez les Verdurin, commencé de désirer la possession, toujours impossible, d'un autre être. Heureusement pour Swann,
sous les souffrances nouvelles qui venaient d'entrer dans son
âme comme des hordes d'envahisseurs, il existait un fond
de nature plus ancien, plus doux et silencieusement laborieux,
comme les cellules d'un organe blessé qui se mettent aussitôt
en mesure de refaire les tissus lésés, comme les muscles d'un
membre paralysé qui tendent à reprendre leurs mouvements.
Ces plus anciens, plus autochtones habitants de son âme, employèrent un instant toutes les forces de Swann à ce travail
obscurément réparateur qui donne l'illusion du repos à un
convalescent, à un opéré. Cette fois-ci ce fut moins comme
d'habitude dans le cerveau de Swann que se produisit cette
détente par épuisement, ce fut plutôt dans son coeur. Mais
toutes les choses de la vie qui ont existé une fois tendent à se
récréer, et comme un animal expirant qu'agite de nouveau
le sursaut d'une convulsion qui semblait finie, sur le coeur, un
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instant épargné, de Swann, d'elle-même la même souffrance
vint retracer la même croix. Il se rappela ces soirs de clair
de lune, où allongé dans sa victoria qui le menait rue La Pérouse, il cultivait voluptueusement en lui les émotions
de l'homme amoureux, sans savoir le fruit empoisonné
qu'elles produiraient nécessairement. Mais toutes ces pensées
ne durèrent que l'espace d'une seconde, le temps qu'il portât
la main à son coeur, reprit sa respiration et parvint à sourire
pour dissimuler sa torture. Déjà il recommençait à poser ses
questions. Car sa jalousie qui avait pris une peine qu'un ennemi ne se serait pas donnée pour arriver à lui faire asséner ce
coup, à lui faire faire la connaissance de la douleur la plus
cruelle qu'il eût encore jamais connue, sa jalousie ne trouvait
pas qu'il eut assez souffert et cherchait à lui faire recevoir une
blessure plus profonde encore. Telle comme une divinité méchante, sa jalousie inspirait Swann et le poussait à sa perte. Ce
ne fut pas sa faute, mais celle d'Odette seulement si d'abord
son supplice ne s'aggrava pas.
– Ma chérie, lui dit-il, c'est fini, était-ce avec une personne
que je connais?
– Mais non je te jure, d'ailleurs je crois que j'ai exagéré,
que je n'ai pas été jusque-là.
Il sourit et reprit:
– Que veux-tu? cela ne fait rien, mais c'est malheureux
que tu ne puisses pas me dire le nom. De pouvoir me représenter la personne, cela m'empêcherait de plus jamais y penser. Je le dis pour toi parce que je ne t'ennuierais plus. C'est si
calmant de se représenter les choses. Ce qui est affreux c'est ce
qu'on ne peut pas imaginer. Mais tu as déjà été si gentille, je ne
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veux pas te fatiguer. Je te remercie de tout mon coeur de tout
le bien que tu m'as fait. C'est fini. Seulement ce mot: «Il y a
combien de temps?»
– Oh! Charles, mais tu ne vois pas que tu me tues, c'est
tout ce qu'il y a de plus ancien. Je n'y avais jamais repensé, on
dirait que tu veux absolument me redonner ces idées-là. Tu
seras bien avancé, dit-elle, avec une sottise inconsciente et une
méchanceté voulue.
– Oh! je voulais seulement savoir si c'est depuis que je te
connais. Mais ce serait si naturel, est-ce que ça se passait ici; tu
ne peux pas me dire un certain soir, que je me représente ce
que je faisais ce soir-là; tu comprends bien qu'il n'est pas possible que tu ne te rappelles pas avec qui, Odette, mon amour.
– Mais je ne sais pas, moi, je crois que c'était au Bois un
soir où tu es venu nous retrouver dans l'île. Tu avais dîné chez
la princesse des Laumes, dit-elle, heureuse de fournir un détail précis qui attestait sa véracité. A une table voisine il y avait
une femme que je n'avais pas vue depuis très longtemps. Elle
m'a dit: «Venez donc derrière le petit rocher voir l'effet du
clair de lune sur l'eau.» D'abord j'ai bâillé et j'ai répondu:
«Non, je suis fatiguée et je suis bien ici.» Elle a assuré qu'il n'y
avait jamais eu un clair de lune pareil. Je lui ai dit «cette
blague!» je savais bien où elle voulait en venir.
Odette racontait cela presque en riant, soit que cela lui parût tout naturel, ou parce qu'elle croyait en atténuer ainsi
l'importance, ou pour ne pas avoir l'air humilié. En voyant
le visage de Swann, elle changea de ton:
– Tu es un misérable, tu te plais à me torturer, à me faire
faire des mensonges que je dis afin que tu me laisses tranquille.
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Ce second coup porté à Swann était plus atroce encore que
le premier. Jamais il n'avait supposé que ce fût une chose aussi
récente, cachée à ses yeux qui n'avaient pas su la découvrir,
non dans un passé qu'il n'avait pas connu, mais dans des soirs
qu'il se rappelait si bien, qu'il avait vécus avec Odette, qu'il
avait cru connus si bien par lui et qui maintenant prenaient
rétrospectivement quelque chose de fourbe et d'atroce; au milieu d'eux tout d'un coup se creusait cette ouverture béante,
ce moment dans l'Ile du Bois. Odette sans être intelligente
avait le charme du naturel. Elle avait raconté, elle avait mimé
cette scène avec tant de simplicité que Swann haletant voyait
tout; le bâillement d'Odette, le petit rocher. Il l'entendait répondre–gaiement, hélas!: «Cette blague»!!! Il sentait qu'elle ne
dirait rien de plus ce soir, qu'il n'y avait aucune révélation
nouvelle à attendre en ce moment; il se taisait; il lui dit:
– Mon pauvre chéri, pardonne-moi, je sens que je te fais
de la peine, c'est fini, je n'y pense plus.
Mais elle vit que ses yeux restaient fixés sur les choses qu'il
ne savait pas et sur ce passé de leur amour, monotone et doux
dans sa mémoire parce qu'il était vague, et que déchirait maintenant comme une blessure cette minute dans l'île du Bois, au
clair de lune, après le dîner chez la princesse des Laumes. Mais
il avait tellement pris l'habitude de trouver la vie intéressante–d'admirer les curieuses découvertes qu'on peut y
faire–que tout en souffrant au point de croire qu'il ne pourrait pas supporter longtemps une pareille douleur, il se disait:
«La vie est vraiment étonnante et réserve de belles surprises;
en somme le vice est quelque chose de plus répandu qu'on ne
croit. Voilà une femme en qui j'avais confiance, qui a l'air si
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