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ivanov666
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Файл:Du côté de chez Swann
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DU COTE DE CHEZ SWANN
plaisir ingénieux pour quelqu'un, même pour quelqu'un
qu'ils n'aimaient pas, développait chez eux, pendant les moments nécessaires à ces préparatifs, des sentiments éphémères
et occasionnels de sympathie et de cordialité. Parfois il se disait que c'était un nouveau soir de printemps de plus qui passait, il se contraignait à faire attention aux arbres, au ciel. Mais
l'agitation où le mettait la présence d'Odette, et aussi un léger
malaise fébrile qui ne le quittait guère depuis quelque temps,
le privait du calme et du bien-être qui sont le fond indispensable aux impressions que peut donner la nature.
Un soir où Swann avait accepté de dîner avec les Verdurin, comme pendant le dîner il venait de dire que le lendemain il avait un banquet d'anciens camarades, Odette lui avait
répondu en pleine table, devant Forcheville, qui était maintenant un des fidèles, devant le peintre, devant Cottard:
– «Oui, je sais que vous avez votre banquet, je ne vous verrai donc que chez moi, mais ne venez pas trop tard.»
Bien que Swann n'eût encore jamais pris bien sérieusement ombrage de l'amitié d'Odette pour tel ou tel fidèle,
il éprouvait une douceur profonde à l'entendre avouer ainsi
devant tous, avec cette tranquille impudeur, leurs rendezvous quotidiens du soir, la situation privilégiée qu'il avait chez
elle et la préférence pour lui qui y était impliquée. Certes
Swann avait souvent pensé qu'Odette n'était à aucun degré
une femme remarquable; et la suprématie qu'il exerçait sur un
être qui lui était si inférieur n'avait rien qui dût lui paraître si
flatteur à voir proclamer à la face des «fidèles», mais depuis
qu'il s'était aperçu qu'à beaucoup d'hommes Odette semblait
une femme ravissante et désirable, le charme qu'avait pour
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eux son corps avait éveillé en lui un besoin douloureux
de la maîtriser entièrement dans les moindres parties de son
coeur. Et il avait commencé d'attacher un prix inestimable
à ces moments passés chez elle le soir, où il l'asseyait sur ses
genoux, lui faisait dire ce qu'elle pensait d'une chose, d'une
autre, où il recensait les seuls biens à la possession desquels
il tînt maintenant sur terre. Aussi, après ce dîner, la prenant
à part, il ne manqua pas de la remercier avec effusion, cherchant à lui enseigner selon les degrés de la reconnaissance
qu'il lui témoignait, l'échelle des plaisirs qu'elle pouvait lui
causer, et dont le suprême était de le garantir, pendant
le temps que son amour durerait et l'y rendrait vulnérable,
des atteintes de la jalousie.
Quand il sortit le lendemain du banquet, il pleuvait à verse,
il n'avait à sa disposition que sa victoria; un ami lui proposa
de le reconduire chez lui en coupé, et comme Odette, par le fait
qu'elle lui avait demandé de venir, lui avait donné la certitude
qu'elle n'attendait personne, c'est l'esprit tranquille et le coeur
content que, plutôt que de partir ainsi dans la pluie, il serait
rentré chez lui se coucher. Mais peut-être, si elle voyait qu'il
n'avait pas l'air de tenir à passer toujours avec elle, sans aucune exception, la fin de la soirée, négligerait-elle de la lui réserver, justement une fois où il l'aurait particulièrement désiré.
Il arriva chez elle après onze heures, et, comme il s'excusait de n'avoir pu venir plus tôt, elle se plaignit que ce fût en
effet bien tard, l'orage l'avait rendue souffrante, elle se sentait
mal à la tête et le prévint qu'elle ne le garderait pas plus d'une
demi-heure, qu'à minuit, elle le renverrait; et, peu après, elle
se sentit fatiguée et désira s'endormir.
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– Alors, pas de catleyas ce soir? lui dit-il, moi qui espérais
un bon petit catleya.
Et d'un air un peu boudeur et nerveux, elle lui répondit:
– «Mais non, mon petit, pas de catleyas ce soir, tu vois bien
que je suis souffrante!»
– «Cela t'aurait peut-être fait du bien, mais enfin je n'insiste pas.»
Elle le pria d'éteindre la lumière avant de s'en aller, il referma lui-même les rideaux du lit et partit. Mais quand il fut
rentré chez lui, l'idée lui vint brusquement que peut-être
Odette attendait quelqu'un ce soir, qu'elle avait seulement simulé la fatigue et qu'elle ne lui avait demandé d'éteindre que
pour qu'il crût qu'elle allait s'endormir, qu'aussitôt qu'il avait
été parti, elle l'avait rallumée, et fait rentrer celui qui devait
passer la nuit auprès d'elle. Il regarda l'heure. Il y avait à peu
près une heure et demie qu'il l'avait quittée, il ressortit, prit
un fiacre et se fit arrêter tout près de chez elle, dans une petite
rue perpendiculaire à celle sur laquelle donnait derrière son
hôtel et où il allait quelquefois frapper à la fenêtre de sa
chambre à coucher pour qu'elle vînt lui ouvrir; il descendit
de voiture, tout était désert et noir dans ce quartier, il n'eut
que quelques pas à faire à pied et déboucha presque devant
chez elle. Parmi l'obscurité de toutes les fenêtres éteintes depuis longtemps dans la rue, il en vit une seule d'où débordait, – entre les volets qui en pressaient la pulpe mystérieuse
et dorée, – la lumière qui remplissait la chambre et qui, tant
d'autres soirs, du plus loin qu'il l'apercevait, en arrivant dans
la rue le réjouissait et lui annonçait: «elle est là qui t'attend»
et qui maintenant, le torturait en lui disant: «elle est là avec
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celui qu'elle attendait». Il voulait savoir qui; il se glissa le long
du mur jusqu'à la fenêtre, mais entre les lames obliques des
volets il ne pouvait rien voir; il entendait seulement dans
le silence de la nuit le murmure d'une conversation. Certes,
il souffrait de voir cette lumière dans l'atmosphère d'or de laquelle se mouvait derrière le châssis le couple invisible et détesté, d'entendre ce murmure qui révélait la présence de celui
qui était venu après son départ, la fausseté d'Odette, le bonheur qu'elle était en train de goûter avec lui.
Et pourtant il était content d'être venu: le tourment qui
l'avait forcé de sortir de chez lui avait perdu de son acuité en
perdant de son vague, maintenant que l'autre vie d'Odette,
dont il avait eu, à ce moment-là, le brusque et impuissant
soupçon, il la tenait là, éclairée en plein par la lampe, prisonnière sans le savoir dans cette chambre où, quand il le voudrait, il entrerait la surprendre et la capturer; ou plutôt il allait frapper aux volets comme il faisait souvent quand il venait
très tard; ainsi du moins, Odette apprendrait qu'il avait su,
qu'il avait vu la lumière et entendu la causerie, et lui, qui, tout
à l'heure, se la représentait comme se riant avec l'autre de ses
illusions, maintenant, c'était eux qu'il voyait, confiants dans
leur erreur, trompés en somme par lui qu'ils croyaient bien
loin d'ici et qui, lui, savait déjà qu'il allait frapper aux volets.
Et peut-être, ce qu'il ressentait en ce moment de presque
agréable, c'était autre chose aussi que l'apaisement d'un doute
et d'une douleur: un plaisir de l'intelligence. Si, depuis qu'il
était amoureux, les choses avaient repris pour lui un peu
de l'intérêt délicieux qu'il leur trouvait autrefois, mais seulement là où elles étaient éclairées par le souvenir d'Odette,
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maintenant, c'était une autre faculté de sa studieuse jeunesse
que sa jalousie ranimait, la passion de la vérité, mais d'une vérité, elle aussi, interposée entre lui et sa maîtresse, ne recevant
sa lumière que d'elle, vérité tout individuelle qui avait pour
objet unique, d'un prix infini et presque d'une beauté désintéressée, les actions d'Odette, ses relations, ses projets, son passé.
A toute autre époque de sa vie, les petits faits et gestes quotidiens d'une personne avaient toujours paru sans valeur
à Swann: si on lui en faisait le commérage, il le trouvait insignifiant, et, tandis qu'il l'écoutait, ce n'était que sa plus vulgaire attention qui y était intéressée; c'était pour lui un des
moments où il se sentait le plus médiocre. Mais dans cette
étrange période de l'amour, l'individuel prend quelque chose
de si profond, que cette curiosité qu'il sentait s'éveiller en lui
à l'égard des moindres occupations d'une femme, c'était celle
qu'il avait eue autrefois pour l'Histoire. Et tout ce dont il aurait eu honte jusqu'ici, espionner devant une fenêtre, qui sait,
demain, peut-être faire parler habilement les indifférents,
soudoyer les domestiques, écouter aux portes, ne lui semblait
plus, aussi bien que le déchiffrement des textes, la comparaison des témoignages et l'interprétation des monuments, que
des méthodes d'investigation scientifique d'une véritable valeur intellectuelle et appropriées à la recherche de la vérité.
Sur le point de frapper contre les volets, il eut un moment
de honte en pensant qu'Odette allait savoir qu'il avait eu des
soupçons, qu'il était revenu, qu'il s'était posté dans la rue. Elle
lui avait dit souvent l'horreur qu'elle avait des jaloux, des
amants qui espionnent. Ce qu'il allait faire était bien maladroit, et elle allait le détester désormais, tandis qu'en ce mo-
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ment encore, tant qu'il n'avait pas frappé, peut-être, même en
le trompant, l'aimait-elle. Que de bonheurs possibles dont on
sacrifie ainsi la réalisation à l'impatience d'un plaisir immédiat. Mais le désir de connaître la vérité était plus fort et lui
sembla plus noble. Il savait que la réalité de circonstances
qu'il eût donné sa vie pour restituer exactement, était lisible
derrière cette fenêtre striée de lumière, comme sous la couverture enluminée d'or d'un de ces manuscrits précieux à la richesse artistique elle-même desquels le savant qui les consulte
ne peut rester indifférent. Il éprouvait une volupté à connaître
la vérité qui le passionnait dans cet exemplaire unique, éphémère et précieux, d'une matière translucide, si chaude et si
belle. Et puis l'avantage qu'il se sentait, – qu'il avait tant besoin de se sentir, – sur eux, était peut-être moins de savoir,
que de pouvoir leur montrer qu'il savait. Il se haussa sur
la pointe des pieds. Il frappa. On n'avait pas entendu, il refrappa plus fort, la conversation s'arrêta. Une voix d'homme dont
il chercha à distinguer auquel de ceux des amis d'Odette qu'il
connaissait elle pouvait appartenir, demanda:
– «Qui est là?»
Il n'était pas sûr de la reconnaître. Il frappa encore une
fois. On ouvrit la fenêtre, puis les volets. Maintenant, il n'y
avait plus moyen de reculer, et, puisqu'elle allait tout savoir,
pour ne pas avoir l'air trop malheureux, trop jaloux et curieux,
il se contenta de crier d'un air négligent et gai:
– «Ne vous dérangez pas, je passais par là, j'ai vu de la lumière, j'ai voulu savoir si vous n'étiez plus souffrante.»
Il regarda. Devant lui, deux vieux messieurs étaient à la
fenêtre, l'un tenant une lampe, et alors, il vit la chambre, une
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chambre inconnue. Ayant l'habitude, quand il venait chez
Odette très tard, de reconnaître sa fenêtre à ce que c'était
la seule éclairée entre les fenêtres toutes pareilles, il s'était
trompé et avait frappé à la fenêtre suivante qui appartenait
à la maison voisine. Il s'éloigna en s'excusant et rentra chez
lui, heureux que la satisfaction de sa curiosité eût laissé leur
amour intact et qu'après avoir simulé depuis si longtemps visà-vis d'Odette une sorte d'indifférence, il ne lui eût pas donné,
par sa jalousie, cette preuve qu'il l'aimait trop, qui, entre deux
amants, dispense, à tout jamais, d'aimer assez, celui qui la reçoit. Il ne lui parla pas de cette mésaventure, lui-même n'y
songeait plus. Mais, par moments, un mouvement de sa pensée venait en rencontrer le souvenir qu'elle n'avait pas aperçu, le heurtait, l'enfonçait plus avant et Swann avait ressenti
une douleur brusque et profonde. Comme si ç'avait été une
douleur physique, les pensées de Swann ne pouvaient pas
l'amoindrir; mais du moins la douleur physique, parce qu'elle
est indépendante de la pensée, la pensée peut s'arrêter sur
elle, constater qu'elle a diminué, qu'elle a momentanément
cessé! Mais cette douleur-là, la pensée, rien qu'en se la rappelant, la recréait. Vouloir n'y pas penser, c'était y penser encore,
en souffrir encore. Et quand, causant avec des amis, il oubliait
son mal, tout d'un coup un mot qu'on lui disait le faisait changer de visage, comme un blessé dont un maladroit vient
de toucher sans précaution le membre douloureux. Quand
il quittait Odette, il était heureux, il se sentait calme, il se rappelait les sourires qu'elle avait eus, railleurs, en parlant de tel
ou tel autre, et tendres pour lui, la lourdeur de sa tête qu'elle
avait détachée de son axe pour l'incliner, la laisser tomber,
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presque malgré elle, sur ses lèvres, comme elle avait fait la première fois en voiture, les regards mourants qu'elle lui avait jetés pendant qu'elle était dans ses bras, tout en contractant frileusement contre l'épaule sa tête inclinée.
Mais aussitôt sa jalousie, comme si elle était l'ombre de son
amour, se complétait du double de ce nouveau sourire qu'elle
lui avait adressé le soir même–et qui, inverse maintenant,
raillait Swann et se chargeait d'amour pour un autre–,
de cette inclinaison de sa tête mais renversée vers d'autres
lèvres, et, données à un autre, de toutes les marques de tendresse qu'elle avait eues pour lui. Et tous les souvenirs voluptueux qu'il emportait de chez elle, étaient comme autant d'esquisses, de «projets» pareils à ceux que vous soumet un
décorateur, et qui permettaient à Swann de se faire une idée
des attitudes ardentes ou pâmées qu'elle pouvait avoir avec
d'autres. De sorte qu'il en arrivait à regretter chaque plaisir
qu'il goûtait près d'elle, chaque caresse inventée et dont
il avait eu l'imprudence de lui signaler la douceur, chaque
grâce qu'il lui découvrait, car il savait qu'un instant après,
elles allaient enrichir d'instruments nouveaux son supplice.
Celui-ci était rendu plus cruel encore quand revenait
à Swann le souvenir d'un bref regard qu'il avait surpris, il y
avait quelques jours, et pour la première fois, dans les yeux
d'Odette. C'était après dîner, chez les Verdurin. Soit que Forcheville sentant que Saniette, son beau-frère, n'était pas en
faveur chez eux, eût voulu le prendre comme tête de Turc
et briller devant eux à ses dépens, soit qu'il eût été irrité par
un mot maladroit que celui-ci venait de lui dire et qui, d'ailleurs, passa inaperçu pour les assistants qui ne savaient pas
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quelle allusion désobligeante il pouvait renfermer, bien
contre le gré de celui qui le prononçait sans malice aucune,
soit enfin qu'il cherchât depuis quelque temps une occasion
de faire sortir de la maison quelqu'un qui le connaissait trop
bien et qu'il savait trop délicat pour qu'il ne se sentît pas gêné
à certains moments rien que de sa présence, Forcheville répondit à ce propos maladroit de Saniette avec une telle grossièreté, se mettant à l'insulter, s'enhardissant, au fur et à mesure qu'il vociférait, de l'effroi, de la douleur, des supplications
de l'autre, que le malheureux, après avoir demandé à Mme
Verdurin s'il devait rester, et n'ayant pas reçu de réponse,
s'était retiré en balbutiant, les larmes aux yeux. Odette avait
assisté impassible à cette scène, mais quand la porte se fut refermée sur Saniette, faisant descendre en quelque sorte de plusieurs crans l'expression habituelle de son visage, pour pouvoir se trouver dans la bassesse, de plain-pied avec Forcheville,
elle avait brillanté ses prunelles d'un sourire sournois de félicitations pour l'audace qu'il avait eue, d'ironie pour celui qui
en avait été victime; elle lui avait jeté un regard de complicité
dans le mal, qui voulait si bien dire: «voilà une exécution, ou je
ne m'y connais pas. Avez-vous vu son air penaud, il en pleurait», que Forcheville, quand ses yeux rencontrèrent ce regard,
dégrisé soudain de la colère ou de la simulation de colère dont
il était encore chaud, sourit et répondit:
– «Il n'avait qu'à être aimable, il serait encore ici, une
bonne correction peut être utile à tout âge.»
Un jour que Swann était sorti au milieu de l'après-midi
pour faire une visite, n'ayant pas trouvé la personne qu'il voulait rencontrer, il eut l'idée d'entrer chez Odette à cette heure
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où il n'allait jamais chez elle, mais où il savait qu'elle était
toujours à la maison à faire sa sieste ou à écrire des lettres
avant l'heure du thé, et où il aurait plaisir à la voir un peu
sans la déranger. Le concierge lui dit qu'il croyait qu'elle était
là; il sonna, crut entendre du bruit, entendre marcher, mais
on n'ouvrit pas. Anxieux, irrité, il alla dans la petite rue où
donnait l'autre face de l'hôtel, se mit devant la fenêtre
de la chambre d'Odette; les rideaux l'empêchaient de rien
voir, il frappa avec force aux carreaux, appela; personne n'ouvrit. Il vit que des voisins le regardaient. Il partit, pensant
qu'après tout, il s'était peut-être trompé en croyant entendre
des pas; mais il en resta si préoccupé qu'il ne pouvait penser
à autre chose. Une heure après, il revint. Il la trouva; elle lui
dit qu'elle était chez elle tantôt quand il avait sonné, mais
dormait; la sonnette l'avait éveillée, elle avait deviné que
c'était Swann, elle avait couru après lui, mais il était déjà parti.
Elle avait bien entendu frapper aux carreaux. Swann reconnut
tout de suite dans ce dire un de ces fragments d'un fait exact
que les menteurs pris de court se consolent de faire entrer
dans la composition du fait faux qu'ils inventent, croyant y
faire sa part et y dérober sa ressemblance à la Vérité. Certes
quand Odette venait de faire quelque chose qu'elle ne voulait
pas révéler, elle le cachait bien au fond d'elle-même. Mais dès
qu'elle se trouvait en présence de celui à qui elle voulait mentir, un trouble la prenait, toutes ses idées s'effondraient, ses
facultés d'invention et de raisonnement étaient paralysées,
elle ne trouvait plus dans sa tête que le vide, il fallait pourtant
dire quelque chose et elle rencontrait à sa portée précisément
la chose qu'elle avait voulu dissimuler et qui étant vraie, était
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