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Litterature francaise XIX-XX.doc
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Unite 4. Symbolisme

CHARLES BAUDELAIRE

LXXXV. L'Horloge

    Horloge ! Dieu sinistre, effrayant, impassible,     Dont le doigt nous menace et nous dit : " Souviens-toi !     Les vibrantes douleurs dans ton cœur plein d'effroi     Se planteront bientôt comme dans une cible ;         Le Plaisir vaporeux fuira vers l'horizon     Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse ;     Chaque instant te dévore un morceau du délice     À chaque homme accordé pour toute sa saison.         Trois mille six cents fois par heure, la Seconde     Chuchote : Souviens-toi ! - Rapide, avec sa voix     D'insecte, maintenant dit : je suis Autrefois,     Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !         Remember ! Souviens-toi ! Prodigue ! Esto memor !     (Mon gosier de métal parle toutes les langues.)     Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues     Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or !         Souviens-toi que le Temps est un joueur avide     Qui gagne sans tricher, à tout coup ! C'est la loi.     Le jour décroît ; la nuit augmente ; Souviens-toi !     Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.         Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,     Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge,     Où le Repentir même (oh ! La dernière auberge !),     Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! Il est trop tard ! "

XLVII. Harmonie du Soir

    Voici venir les temps où vibrant sur sa tige     Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;     Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;     Valse mélancolique et langoureux vertige !         Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;     Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige ;     Valse mélancolique et langoureux vertige !     Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.         Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige,     Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir !     Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;     Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.         Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir,     Du passé lumineux recueille tout vestige !     Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...     Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

Le port

   Un port est un séjour charmant pour une âme fatiguée des luttes de la vie. L'ampleur du ciel, l'architecture mobile des nuages, les colorations changeantes de la mer, le scintillement des phares, sont un prisme merveilleusement propre à amuser les yeux sans jamais les lasser. Les formes élancées des navires, au gréement compliqué, auxquels la houle imprime des oscillations harmonieuses, servent à entretenir dans l'âme le goût du rythme et de la beauté. Et puis, surtout, il y a une sorte de plaisir mystérieux et aristocratique pour celui qui n'a plus ni curiosité ni ambition, à contempler, couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle, tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s'enrichir.

ARTHUR RIMBAUD

Les Chercheuses de poux

Quand le front de l'enfant, plein de rouges tourmentes, Implore l'essaim blanc des rêves indistincts, Il vient près de son lit deux grandes sœurs charmantes Avec de frêles doigts aux ongles argentins.   Elles assoient l'enfant devant une croisée Grande ouverte où l'air bleu baigne un fouillis de fleurs, Et dans ses lourds cheveux où tombe la rosée Promènent leurs doigts fins, terribles et charmeurs.   Il écoute chanter leurs haleines craintives Qui fleurent de longs miels végétaux et rosés, Et qu'interrompt parfois un sifflement, salives Reprises sur la lèvre ou désirs de baisers.   Il entend leurs cils noirs battant sous les silences Parfumés ; et leurs doigts électriques et doux Font crépiter parmi ses grises indolences Sous leurs ongles royaux la mort des petits poux.   Voilà que monte en lui le vin de la Paresse, Soupir d'harmonica qui pourrait délirer ; L'enfant se sent, selon la lenteur des caresses, Sourdre et mourir sans cesse un désir de pleurer.UNITE 5. NEOROMANTISME

A regarder: http://www.youtube.com/watch?v=pGMR-j6zTZU

Cyrano de Bergerac La tirade du Nez

Cyrano Ah ! Non ! C'est un peu court, jeune homme ! On pouvait dire... oh ! Dieu ! ... bien des choses en somme... En variant le ton, —par exemple, tenez : Agressif : « moi, monsieur, si j'avais un tel nez, Il faudrait sur le champ que je me l'amputasse ! » Amical : « mais il doit tremper dans votre tasse : Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! » Descriptif : « c'est un roc ! ... c'est un pic... c'est un cap ! Que dis-je, c'est un cap ? ... c'est une péninsule ! » Curieux : « de quoi sert cette oblongue capsule ? D'écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ? » Gracieux : « aimez-vous à ce point les oiseaux Que paternellement vous vous préoccupâtes De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? » Truculent : « ça, monsieur, lorsque vous pétunez, La vapeur du tabac vous sort-elle du nez Sans qu'un voisin ne crie au feu de cheminée ? » Prévenant : « gardez-vous, votre tête entraînée Par ce poids, de tomber en avant sur le sol ! » Tendre : « faites-lui faire un petit parasol De peur que sa couleur au soleil ne se fane ! » Pédant : « l'animal seul, monsieur, qu'Aristophane Appelle hippocampelephantocamélos Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d'os ! » Cavalier : « quoi, l'ami, ce croc est à la mode ? Pour pendre son chapeau c'est vraiment très commode ! » Emphatique : « aucun vent ne peut, nez magistral, T'enrhumer tout entier, excepté le mistral ! »

Dramatique : « c'est la Mer Rouge quand il saigne ! » Admiratif : « pour un parfumeur, quelle enseigne ! » Lyrique : « est-ce une conque, êtes-vous un triton ? » Naïf : « ce monument, quand le visite-t-on ? » Respectueux : « souffrez, monsieur, qu'on vous salue, C'est là ce qui s'appelle avoir pignon sur rue ! » Campagnard : « hé, ardé ! C'est-y un nez ? Nanain ! C'est queuqu'navet géant ou ben queuqu'melon nain ! » Militaire : « pointez contre cavalerie ! » Pratique : « voulez-vous le mettre en loterie ? Assurément, monsieur, ce sera le gros lot ! » Enfin parodiant Pyrame en un sanglot : « Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître A détruit l'harmonie ! Il en rougit, le traître ! » —Voilà ce qu'à peu près, mon cher, vous m'auriez dit Si vous aviez un peu de lettres et d'esprit : Mais d'esprit, ô le plus lamentable des êtres, Vous n'en eûtes jamais un atome, et de lettres Vous n'avez que les trois qui forment le mot : sot ! Eussiez-vous eu, d'ailleurs, l'invention qu'il faut Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries, Me servir toutes ces folles plaisanteries, Que vous n'en eussiez pas articulé le quart De la moitié du commencement d'une, car Je me les sers moi-même, avec assez de verve, Mais je ne permets pas qu'un autre me les serve.

A regarder: http://www.youtube.com/watch?v=EpHoNR9VWHw

Cyrano de Bergerac La tirade du Non Merci …

  • CYRANO, saluant d’un air goguenard ceux qui sortent sans oser le saluer Messieurs… Messieurs… Messieurs… LE BRET, désolé, redescendant, les bras au ciel Ah ! dans quels jolis draps… CYRANO Oh ! toi ! tu vas grogner ! LE BRET Enfin, tu conviendras Qu’assassiner toujours la chance passagère, Devient exagéré. CYRANO Eh bien oui, j’exagère ! LE BRET, triomphant Ah ! CYRANO Mais pour le principe, et pour l’exemple aussi, Je trouve qu’il est bon d’exagérer ainsi. LE BRET Si tu laissais un peu ton âme mousquetaire, La fortune et la gloire… CYRANO Et que faudrait-il faire ?

  • Chercher un protecteur puissant, prendre un patron, Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc Et s’en fait un tuteur en lui léchant l’écorce, Grimper par ruse au lieu de s’élever par force ? Non, merci ! Dédier, comme tous ils le font, Des vers aux financiers ? se changer en bouffon Dans l’espoir vil de voir, aux lèvres d’un ministre, Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ? Non, merci ! Déjeuner, chaque jour, d’un crapaud ? Avoir un ventre usé par la marche ? une peau Qui plus vite, à l’endroit des genoux, devient sale ? Exécuter des tours de souplesse dorsale ?… Non, merci ! D’une main flatter la chèvre au cou Cependant que, de l’autre, on arrose le chou, Et donneur de séné par désir de rhubarbe, Avoir son encensoir, toujours, dans quelque barbe ? Non, merci ! Se pousser de giron en giron, Devenir un petit grand homme dans un rond, Et naviguer, avec des madrigaux pour rames, Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames ? Non, merci ! Chez le bon éditeur de Sercy Faire éditer ses vers en payant ? Non, merci !

  • S’aller faire nommer pape par les conciles Que dans des cabarets tiennent des imbéciles ? Non, merci ! Travailler à se construire un nom Sur un sonnet, au lieu d’en faire d’autres ? Non, Merci ! Ne découvrir du talent qu’aux mazettes ? Être terrorisé par de vagues gazettes, Et se dire sans cesse : « Oh ! pourvu que je sois Dans les petits papiers du Mercure François » ?… Non, merci ! Calculer, avoir peur, être blême, Préférer faire une visite qu’un poème, Rédiger des placets, se faire présenter ? Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais… chanter, Rêver, rire, passer, être seul, être libre, Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre, Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers, Pour un oui, pour un non, se battre, – ou faire un vers ! Travailler sans souci de gloire ou de fortune, À tel voyage, auquel on pense, dans la lune !

  • N’écrire jamais rien qui de soi ne sortît, Et modeste d’ailleurs, se dire : mon petit, Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles, Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles ! Puis, s’il advient d’un peu triompher, par hasard, Ne pas être obligé d’en rien rendre à César, Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite, Bref, dédaignant d’être le lierre parasite, Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul, Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul ! LE BRET Tout seul, soit ! mais non pas contre tous ! Comment diable As-tu donc contracté la manie effroyable De te faire toujours, partout, des ennemis ? CYRANO A force de vous voir vous faire des amis, Et rire à ces amis dont vous avez des foules, D’une bouche empruntée au derrière des poules ! J’aime raréfier sur mes pas les saluts, Et m’écrie avec joie : un ennemi de plus ! LE BRET Quelle aberration ! CYRANO Eh bien ! oui, c’est mon vice. Déplaire est mon plaisir. J’aime qu’on me haïsse.

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UNITE 6. EXISTENTIALISME

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