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Roland Eluerd Lexicologie PUF 2000 -tout.doc
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III. — Des disciplines voisines

La lexicographie, la terminologie et la sémantique sont des disciplines voisines à la fois précieuses et périlleuses pour la lexicologie.

1. La lexicographie. — La lexicographie, ou art de composer les dictionnaires, est une forme spécifique de lexicologie appliquée. Mobiliser Wittgenstein et l‘usage pour n'en tirer que des «sarcasmes à l'égard des infirmes définitions des dictionnaires » est ridicule, et A. Rey a raison de protester (1989, p. 11), lui qui a insisté clairement sur les artifices de 1' « impossible définition» (1977, p. 104). D'autant plus que, par bien des aspects, le travail du lexicologue fatigue moins que celui du lexicographe : celui-là s'épargne les contraintes éditoriales, la nécessité de définir les mots et celle de choisir des exemples. De plus, il peut utiliser à bon compte le travail du lexicographe, c'est-à-dire consulter un dictionnaire. Mais c'est justement là que réside le péril. En effet, la lexicographie semble confirmer l'existence du lexique puisque son travail est d'en donner un inventaire. Comment concevoir qu'un objet aussi réel que le dictionnaire puisse n'être fondé que sur une pure virtualité ? Mais les lexicographes sont les premiers à le souligner : si le dictionnaire postule l'existence du lexique, il n'est évidemment pas une preuve de cette existence. Deux éléments de soupçon doivent être conservés en esprit : le dénombrement et la lemmatisation.

Le sentiment commun, et juste, que les mots qui sont dans le dictionnaire peuvent être employés conduit au sentiment erroné, et commun, que tous les mots qui peuvent être employés sont dans le dictionnaire. Le lexicographe connaît assez sa tâche pour ne pas succomber à cette illusion. C'est moins sûr pour le lecteur non averti. Cependant, cette question du dénombrement peut être réglée assez vite. Comment soutenir qu'un seul dictionnaire, ou même que l'ensemble de tous les dictionnaires généraux et spécialisés consacrés à une langue (au fond, des dictionnaires de vocabulaires), puisse offrir un inventaire complet des mots de cette langue ? Comme l'écrit H. Mitterand : « Le lexicographe est inévitablement perdant : il sera toujours devancé par le dernier apparu des néologismes » (Les mots français, 1996, p. 6). L'apparition des diction-naires et des bases numérisés ne change rien à l'affaire. Si elle permet un enregistrement plus rapide des nouveautés, comme les dictionnaires de papier ces nouveaux dictionnaires ne sauraient tout relever.

Dans les domaines scientifiques et techniques, tout article de dictionnaire court le risque d'être «dé-passé » dans le seul temps qui sépare sa rédaction de son impression. C'est en quelque sorte l'ordre alphabétique qui trahit Guyton de Morveau dans le Dictionnaire de chimie de L'Encyclopédie méthodique. Acier paraît dans la première livraison de l'ouvrage et le chimiste, qui ne parvient pas à en donner une définition satisfaisante, fait une sorte de bilan des connaissances du temps, presque toutes fausses. Quelques semaines plus tard, en avril et mai 1786, Vandermonde, Monge et Berthollet lisent devant l'Académie des sciences leur Mémoire sur le fer considéré dans ses différents états métalliques, où la nature de l'acier est éclairée par la nouvelle chimie. Encore quelque temps et paraît l'article Air. Guyton de Morveau s'y range résolument du côté de la nouvelle école.

Mais le risque n'est pas moindre pour tous les mots à la mode. C'est un jeu que de voir combien d'entre eux disparaissent. Les médias pointent toujours les mots qui « entrent » dans le diction-naire, jamais ceux qui en « sortent ».

La question de la lemmatisation est plus intéressante. On appelle lemme la forme unique retenue pour représenter toutes les formes que peut prendre le mot : le masculin singulier d'un nom (ami, pour amie, amis. amies), l'infinitif d'un verbe (chanter pour chanter, chante, chanterons, etc.). Il est clair qu'une nomenclature ne peut pas se passer de cette simplification tant du point de vue de son établissement que de celui de sa consultation.

Elle ne va pourtant pas sans difficultés. L'une est bien maîtrisée par les dictionnaires : celle du choix entre des dégroupements synonymiques et des regroupements polysémiques. C'est un choix méthodologique et éditorial relativement arbitraire. Le Lexis( Larousse) donne deux entrées :

1. domino (vêtement)

2. domino (pièce de jeu et raccord électrique), là où Le Petit Robert et la tradition lexicographique donnent une seule entrée :

domino

1. (vêtement)

2. (pièce de jeu et raccord électrique).

D'autres questions sont moins maîtrisables. Par exemple, à yeux les dictionnaires renvoient au pluriel d'œil et font bien entendu comprendre qu'entre je n 'ai pas pu fermer les yeux et je n 'ai pas pu fermer l'œil la question du nombre appelle une interprétation. Mais les écarts de ce type, ou les emplois d'œil et yeux chez Racine et Baudelaire, emplois qui, là encore, relèvent d'autres nuances que la simple opposition de nombre ; ou le fait qu'il reste à démontrer que chat/chatte, chien/chienne, lion/lionne ne sont que des variantes d'un seul et même mot (exemple emprunté à H. Cottez), tout cela laisse entendre que la lemmatisation, qui n'en peut mais, claque quand même un peu violemment la porte du dictionnaire aux emplois.

Dès lors, il faut que tout utilisateur de dictionnaire (et d'abord le lexicologue lui-même !) adopte la position prudente du lexicographe, voire une position encore plus prudente : certes le sens des mots est défini à partir de leurs emplois, mais la poussée qu'exercent l'usage et le monde sur la porte du dictionnaire reste forte et doit être considérée. Cette poussée est sensible dans la distinction courante entre encyclopédie ou dictionnaire de choses et dictionnaire de langue ou de mots. Une telle distinc-tion n'est pas une preuve de l'existence de l'objet lexique - lequel ne serait saisi que dans le seul dictionnaire de langue -, elle n'est qu'une application de sa postulation. La présence d'illustrations diverses - on pourrait dire : le monde - dans les encyclopédies n'est pas non plus un argument, même a contrario. En effet, dès l’Encyclopédie de Diderot, nombre d'articles ont une structure narrative et dialoguée, fût-ce au prix d'incohérences comme dans l'article Acier, par exemple, où la définition change du tout au tout entre le début et la fin (voir R. Eluerd, Les mots du fer et des Lumières,1993, p. 45).

Ces désordres de la structure montrent que le monde et l'usage interviennent dans l'univers préten-dument autonome du lexique. Entre les articles et les planches, il est impossible de dire dans quel sens est le commentaire ; entre le langage et le monde, l'interaction est complète. On dira que le dictionnaire de langue se passe bien de ces images. Il s'en passe soit, mais par choix, et l'adverbe bien mérite débat. On dira qu'il n'est pas utile de connaître le détail de la fabrication de l'acier pour comprendre ce pont est en acier, il a des muscles d'acier. Le détail soit, mais les grandes lignes : fer, feu, puissance... ? Cela mérite également débat. Et l'on voit bien que ce débat concerne le rôle attribué aux exemples : ils sont comme les témoins présents et « non muets » des emplois, et de leur désordre. C'est-à-dire de la lexicologie des domaines d'usage.

Prenons deux exemples du Petit Robert, dans la définition d'acier :

D'acier: dur comme l'acier. Des muscles d'acier. « Une voix coupante comme une voix d'acier » (Goncourt).

Le premier exemple est une illustration de la définition qui le précède. En revanche, la citation littéraire ouvre sur un autre usage. Elle n'évoque pas l'acier solide, résistant, mais l'acier tranchant. L'évocation de la dureté de l'acier active des références industrielles, architecturales, celle du tranchant de l'acier demande un affûtage et évoque le duel, les aciers de Damas ou de Tolède. Ce n'est pas le même « jeu de langage », la même « activité », la même « forme de vie » (Wittgenstein, Investigations philosophiques, o.c., 23).

On connaît la célèbre citation de Voltaire : « Un dictionnaire sans citations est un squelette. » Ces mots du 11 août 1760, adressés à Charles Pinot Duclos, secrétaire perpétuel de l'Académie française, reçoivent un complément dans son article « Dictionnaire » des Questions sur l'Encyclopédie :

« J'aurais voulu rapporter l'étymologie naturelle et incontestable de chaque mot, comparer l'emploi, les diverses significations, l'énergie de ce mot [...], citer les meilleurs auteurs qui ont fait usage de mot, faire voir le plus ou moins d'étendue qu'ils lui ont donné... » Le mot fondamental est énergie. L'énergie du mot : une fois encore le discours, l'usage, la parole, le monde pousse la porte du lexique. Ce qui se dessine, c'est l'improbable horizon d'un dictionnaire de discours. Mais sa virtualité vaut sans doute celle du lexique.

Les dictionnaires de toutes sortes et sur tous supports sont donc des ouvrages indispensables et qui rendent les plus grands services à tous et au lexicologue. Il n'est pas question de les remettre en cause sans précaution, ni le partage méthodologique entre dictionnaire encyclopédique et dictionnaire de langue. Le lexicologue et le lexicographe sont plus que proches. Mais le lexicologue ne doit jamais prendre les informations des dictionnaires pour argent comptant. La lexicologie étant l'étude des vocabulaires, il n'y a de lexicologie qu'en contexte ordinaire. Le dictionnaire n'est jamais un contexte ordinaire. En faire un contexte de métalangage n'éclaire rien. C'est un contexte de x-ième degré, même avec ses exemples. Ce n'est pas un relevé de contextes, c'est un élément du contexte général où il prend place (par exemple l'époque). En bonne lexicologie, un corpus recueilli dans des dictionnaires est donc toujours un corpus suspect. Un corpus qu'il ne suffit pas de « con-sulter » mais qu'il convient de lire : « Comme observatoire des discours, il est donc un observatoire privilégié de la langue, un observatoire intérieur/extérieur, dont les observables ne sont ni dans, ni au bout de la longue vue de la métalangue, mais à construire par la lecture » (André Collinot, Francine Mazière, Un prêt à parler : le dictionnaire, 1997, p. 208).

2. La terminologie. — La terminologie se devait de définir... terminologie, « étude scientifique des notions et des termes en usage dans les langues de spécialités », et terme, « désignation au moyen d'une unité linguistique d'une notion définie dans une langue de spécialité» (norme iso 1087, 1990). Ce que dessinent ces définitions, c'est un platonisme qui, cette fois, n'a rien de « négligent ». Un platonisme en quelque sorte réalisé dans l'union de deux immanences transparentes l'une à l'autre : celle du monde conçu du point de vue d'un réalisme absolu et celle d'un langage fait de définitions terminologiques totalement conventionnelles. Pour reprendre des repères déjà évoqués, nous sommes ici du côté du positivisme logique et de Russell, mais non pas du Tractatus puisqu'il faudrait que théorie figurative y soit amputée de la nécessité du monde.

Les terminologies sont ainsi parées du prestige des langues parfaites. L'illusion est attachée à leur caractère scientifique ou technique, et est entretenue par une confiance naïve dans la neutralité et l'objectivité du discours scientifique. Comme les terminologies peuvent engager des enjeux politiques considérables (où la prétendue neutralité vole en éclats) et que par le biais des traductions et de la néologie elles on souvent les honneurs de l'actualité (de software/logiciel à air bag / coussin gonflable), on comprend que pour certains la terminologie puisse paraître avoir absorbé la lexicologie.

Aussi est-ce avec raison que Pierre Lerat écarte les dénominations technolecte, sous-langue, langue de spécialité. Il en appelle à la linguistique générale, retient l'appellation langue spécialisée, souligne qu'une langue spécialisée « ne se réduit pas à une terminologie » et la définit « comme l'usage d'une langue naturelle pour rendre compte techniquement de connaissances spécialisées » (Les langues spécialisées, 1995, p. 21). On pourrait dire que la langue spécialisée perd son orgueilleuse distance pour être ramenée dans le droit commun de la langue. Ce n'est pas remettre en question la distinction entre mot et terme mais entre autres conséquences, rendre possible « une lexicographie terminologique multidomaines sur support électronique où seraient ménagées des possibilités de navigation entre des unités lexicales (des lemmes, simples ou complexes), des informations sur ces lemmes en tant que mots et des informations sur ces lemmes comme noms de notions ». Et P. Lerat d'ajouter : « Mais il faut au préalable accepter une sémiotique non saussurienne de la langue » (ibid., p. 168).

De fait, pourquoi termes ou mots échapperaient-ils à la double nécessité, indiquée par Wittgenstein, de l'accord sur les définitions et sur les jugements ? Et définir la langue spécialisée comme « usage d'une langue naturelle » peut prendre une résonance wittgensteinienne si cet « usage » est traité comme un jeu de langage (voir R. Eluerd, 1993, p. 391). S'il y a donc un domaine où l'interaction continuelle du langage et du monde doit être fondamentale, c'est celui de la terminologie, d'une terminologie qui, loin d'absorber la lexicologie, la traite en partenaire.

3. La sémantique. — La sémantique, voisine encombrante de la lexicologie ? Il y a là un paradoxe indéfendable. Le partage traditionnel des tâches de la lexicologie en morphologie lexicale et sémantique lexicale laisse assez entendre qu'on ne peut imaginer une lexicologie coupée de la sémantique, indifférente à l'analyse du sens. On ne défendra donc pas ce paradoxe. Il s'agit simplement de dire que cette discipline ne doit pas paralyser les enquêtes de la lexicologie.

Par nature, et au-delà de la diversité des écoles (voir I. Tamba, 1998), la sémantique est généralisation, conceptualisation. Ainsi, sa description du lexique selon la hiérarchie des catégories ontologiques aristotéliciennes (genre prochain, différences spécifiques) ou selon des relations structurelles (synonymie, antonymie, hyperonymie, hyponymie) relève d'une logique indispensable à ses propres travaux comme à de nombreux aspects des travaux de la lexicologie. Mais elle n'épuise pas ces derniers.

Mauriac a écrit une pièce de théâtre intitulée Les mal-aimés. Mais mul-aimé, nom ou adjectif, ne se retrouve pas dans son œuvre romanesque. En revanche, les occurrences de bien-uimé sont particulièrement nombreuses dans Génitrix (11 adjectifs et 3 noms). Elles apparaissent dans les propos de Félicité, la mère possessive, ou dans leur reprise par le narrateur, pour désigner ou qualifier Fernand Cazenave, « le besoin insatiable de domination, de possession spirituelle que lui inspirait le bien-aimé de qui pour elle dépendait toute douleur et toute joie » (p. 626, éd. J. Petit, nrf, « La Pléiade »). On comprend l'absence de mal-aimé. L'emploi de bien-aimé par la mère est à lui-même son propre antonyme. Et, même pour le narrateur, ce n'est pas une simple affaire d'antiphrase ironique. Ce n'est pas une antiphrase, c'est un retournement, une perversion, « catégorie » lexicale que Mauriac saisit admirablement mais qui est assez commune pour qu'on ne renvoie pas la question à un problème de style.

Autre domaine. Le foyer situé à la base d'un haut fourneau moderne comporte trois parties : les étalages où la cuve de l'appareil se resserre pour concentrer le minerai de fer et le coke, l'ouvrage où la masse est soumise à l'action des tuyères et le creuset où la fonte en fusion s'accumule. Au début du XVIIIe siècle, l'ensemble s'appelait ouvrage et les étalages en étaient une partie. Puis le mot creuset a commencé de désigner à son tour tantôt l'ensemble, tantôt la base. Ouvrage aurait pu disparaître en laissant la place au couple étalages/ creuset. Mais on vient de voir qu'il s'est comme glissé entre les deux. Rien dans la construction des fourneaux ou dans les modifications survenues ne justifie le maintien d'ouvrage. Il tient au fait que les ouvriers fondeurs se réservaient traditionnellement la tâche de construire cette partie du fourneau, qu'elle était leur «ouvrage», que l'art de le bâtir était un secret appartenant à leur métier. Mais dans la seconde moitié du siècle, les maîtres de forges, mieux informés des techniques de construction, de l'efficacité des cuves circulaires, cessent d'accepter la tradition. La résistance du nom ouvrage fut donc celle de tout un corps d'ouvriers pour lesquels ouvrage ne signifiait pas seulement une partie du fourneau, mais aussi un travail, son résultat, un savoir-faire entouré de secrets, un salaire (voir R. Eluerd, 1993, p. 197).

Que le fonctionnement d'un mot relève de règles qui sont inscrites dans la part de système que comportent nos usages langagiers ne signifie pas que toutes les règles sont inscrites dans ce système, ni surtout que la règle d'application des règles fasse partie des règles inscrites dans le système. Ou alors il faudrait, là encore, qu'une autre règle inscrite à l'intérieur de la règle l'explique, et cela à l'infini. À juste titre, I. Tamba souligne que les relations logiques d'implication et d'inclusion passent « à côté du double fonctionnement référentiel et sémiotique de toute forme lexicale» (1998, p. 88). Mais on voit que la notion d'usage fait rebondir la question de la signification et de la référence. Pour la lexicologie, c'est-à-dire pour l'étude des vocabulaires des domaines d'usage, la signification et la référence doivent inclure des pratiques apprises et entretenues, inclure ce qu'on fait avec le mot. Pour la lexicologie, la référence ne peut pas être un élément du monde extralinguistique, elle est une sorte d'atome de comportement humain, un atome de forme de vie où se combinent le linguistique et l'extralinguistique, les définitions et les jugements.

Bien entendu, cela ne signifie pas qu'on adhère à un behaviorisme naïf. Devant l'alternative dénoncée par I. Tamba : la signification est à l'extérieur ou à l'intérieur des langues (1988, p. 38), nous avons vu que la lexicologie peut trouver des raisons de vivre dans le refus de Wittgenstein de donner au langage ou au monde la maîtrise de ce qui est une interaction. Nous avons également vu, et nous y reviendrons, que cette interaction reçoit une description à considérer dans l’interprétant du signe chez Peirce. L'interprétant « exprime » la relation du representamen et de l'objet. Il est donc lui-même signe. C'est l'interprétant qui « exprimera » dureté et construction ou tranchant et duel à partir d''acier, qui fera du bien-aimé le fils dominé, qui laissera entendre la mort d'un métier dans ouvrage.

Wittgenstein ne reprendrait pas tout de cette approche, mais le cœur du propos se retrouve, par exemple, dans ce passage: «Qu'est-ce que le sens d’un mot ? Commençons par nous demander ce que peut être l'explication du sens d'un mot. A quoi peut-eIle ressembler? Cela nous aidera, de même que la question : "Comment mesure-t-on une longueur?" nous aide à comprendre ce qu'est la longueur» (Le cahier bleu et le cahier brun, trad. G. Durand, Gallimard, « Tel », 1988, p. 45). Comment use-t-on d'une Lune d'acier, d'une poutrelle? Comment étouffe-t-on une personnalité? Comment construit-on le foyer d’un haut fourneau? Pour l'étude des vocabulaires des domaines d'usage, ces questions sont inséparables du sens d'acier, du sens de bien-aimé chez Mauriac et dans l'usage ordinaire, du sens d'ouvrage dans le vocabulaire de la sidérurgie.

La tâche d'une lexicologie fondamentalement descriptive n'est donc pas facile. Mais la difficulté ne relève pas de quelque mystère du sens dissimulé dans la langue, en profondeur, à côté ou ailleurs, mystère dont l'élucidation est toujours renvoyée à plus tard, quand on connaîtra mieux le monde, ou le fonctionnement du cerveau. La difficulté tient plutôt à l'apparente facilité des échanges, au fait que les locuteurs, somme toute, se comprennent assez bien, n'ont que rarement le sentiment, effectivement douloureux, de ne pas se comprendre du tout. La difficulté est de décrire cette simplicité.

Chapitre II

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