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Roland Eluerd Lexicologie PUF 2000 -tout.doc
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4. Le synopsis de significations : descriptions. —

Rappelons que rapprocher encore une fois les points de vue de Peirce et de Wittgenstein ne signifie pas qu'on les présente comme identiques. Le suivi immédiat de la règle, le calcul déductif de l'interprétant ou encore leurs positions respectives par rapport aux attitudes nomina-liste ou réaliste sont autant de points, parmi d'autres, qui les distinguent certainement. Mais l'objectif n'est pas de ranger la lexicologie sous la bannière de l'un ou l'autre des philosophes, encore moins sous celle d'une chimère formée des deux. Il s'agit simplement de trouver dans leurs réflexions des pistes et des outils utiles. En l'occurrence, la lexicologie peut exploiter trois convergences principales : la critique de la signification comme renvoi exclusif à des représentations mentales et comme rela-tion à seulement deux termes, ainsi que la place qu'ils accordent à l'usage. De ce fait, « l'établissement de règles permettant de savoir ce qui peut être dit ou non [...] n'est pas quelque chose fixé par les lois immuables de la forme logique (contrairement à ce que Wittgenstein pensait dans le Tractatus) mais est relié à une coutume, une pra-tique » (R. Monk, Wittgenstein. Le devoir de génie, o.c., p. 463). C'est donc cette coutume, cette pratique que doit saisir le synopsis de significations.

Retenons un exemple d'illustration de l'interprétant dans le signe triadique peircien, exemple donné par G. Deledalle. Soit le mot grenade, prononcé hors contexte. Sa signification ne m'apparaîtra que si la suite de sons grenade renvoie à un autre signe qui sera son interprétant : ville, fruit ou arme. Si le signe interprétant retenu est ville, la signification de ce mot me suffit pour comprendre Grenade. Mais les interprétants offrent aussi : « Espagne, péninsule Ibérique, Europe, Méditerranée, occupation arabe. Islam, architecture, le Généralité, l'Alhambra, jardin, lion, etc. » (in Peirce, 1978, p. 226). Certes, G. Deledalle précise qu'il n'est pas indispensable de parcourir tous ces interprétants pour décider de la signification des sons grenade. Mais ils sont quand même là. Autre xemple, rapporté par G. Deledalle à partir de John Dewey (Logique, trad. franc., puf, 1967, p. 402) : la signification du signe bois a changé quand on a découvert qu'on pouvait faire du papier à partir de la pulpe de bois. « L'interprétant "papier" est venu s'ajouter à la longue liste des interprétants possibles de "bois" » (in Peirce, 1978, p. 227).

Nous avons, dans le chapitre I, donné l'exemple de métier comme interprétant de l'ouvrage du haut fourneau, et dureté, construction en face de tranchant, duel pour certaines significations d'acier. Mais on peut justement reprendre ce mot et élargir le synopsis afin d'y inclure la définition scientifique : alliage de fer et de moins de 2 % de carbone ; les fragments constitutifs du sens naturel : métal (que ce soit une erreur ne change rien à la question), alliage métallique, fer (et ici se déploierait en regard ce qui n'est manifestement pas en acier : bois, papier, plastique...), solide, résistant, relativement flexible, industrie, poutrelles, câbles, tôles... ; les données systématisables quant à la morphologie : aciérer, aciérie... et quant à la sémantique :la série fonte, acier, fer ; les métaphores : muscles d'acier, cœur d'acier... en regard de main de fer, cœur de pierre... ; des compétences diverses : acier inoxydable, aciers spéciaux au tungstène, au chrome... ; la CECA (Communauté européenne du charbon et de l'acier), les « plans acier », la sidérurgie lorraine, usinor, sollac, un canif d'enfant avec une lame en acier inoxydable, etc.

On peut avoir l'impression que nous sommes passés du dictionnaire de langue au dictionnaire encyclopédique et à La Recherche du temps perdu, mais nous ne sommes pas sortis du synopsis des significations d'acier. Par exemple, de même que l'interprétant papier a pu s'ajouter à la liste des interprétants de bois, l'apparition de carrosseries ou d'éléments de carrosserie en plastique n'a pas été sans influence pour les interprétants d'acier, donc pour le synopsis de significations. Ou encore, que ne pas retenir du synopsis quand on aperçoit, sur la robe de Salomé, « des insectes splendides aux élytres éblouissants, marbrés de carmin, ponctués de jaune aurore, diaprés de bleu d'acier, tigrés de vert paon » (Huysmans, A rebours, V) ?

Le souci de donner au synopsis de significations toute l'extension possible ne relève pas d'un objectif d'exhaustivité. Ce serait une partie perdue d'avance. Ce souci est logique : « Si j'appose une règle graduée le long d'un objet de l'espace, j'appose à la fois toutes les graduations » (Wittgenstein, Notes de Waismann. Remarques philosophiques, éd. R. Rhees, trad. J. Fauve, Gallimard, 1975, p. 303). La nécessité logique de tenir compte de toutes les graduations de la règle (autre façon de dire qu'on ne peut séparer ce dont nous parlons du comment nous en parlons) a des conséquences capitales pour le travail du lexicologue :

1 / il ne suffit pas d'interroger les contextes, il faut prendre en compte l'usage, les jeux de langage, les définitions et les jugements ;

2 / hors de tout vain souci d'exhaustivité, le grand nombre des occurrences et surtout leur grande diversité d'origine est la seule manière d'apercevoir les potentialités.

Quant à la question de l'organisation du synopsis, ou plutôt de son aménagement, ce qu'on peut d'abord noter, c'est qu'il faut maintenir son caractère très accueillant aux variations des « contenus définitionnels » (voir J.-C. K.ratz, in R. Martin, 1983, p. 61), comme aux approches prototypiques ou aux approches aristotéliciennes des conditions nécessaires et suffisantes. Le synopsis doit pouvoir être traversé aussi bien par des lignes de déduction ou d'induction que par l'abduction, dont nous avons vu l'importance pour Peirce, abduction qui ménage les lignes possibles de la transsociation et même de la dissociation. Il doit autoriser les associations libres freudiennes... Cet œcuménisme n'est en rien un effet de la rigueur de l'analyse mais au contraire un effet de sa « mollesse ». Tout aménagement un peu trop rigoureux détruirait cette capacité.

Ainsi, l'idée d'un noyau dur avec une couronne molle gravitant autour ne peut pas convenir. D'ailleurs, quel noyau dur choisir ? Pour acier, la valeur d'expertise ou de calibrage de la définition « alliage de fer et de moins de 2 % de carbone » n'est en rien immanente à l'usage ordinaire. Elle relève d'une nécessité liée au concept moderne de science. Loin de pouvoir servir de centre de gravitation de la couronne molle, elle élimine cette couronne et, dans la monosémie, referme le synopsis sur lui-même. Elle n'est donc pas une application de la langue mais un autre usage du langage, une « méthode de nommer » dont la nomenclature chimique de 1787 donne un exemple parfait (voir H. Cottez, in Meta, 1994). On cherchera donc plutôt plusieurs centres de gravitation. Selon la manière dont on l'aborde (par le canif, les 2 % de carbone, un regard d'acier, « diaprés de bleu d'acier »...),le synopsis peut être centré sur chacun de ses points, de sorte que ce point (cette acception, cet emploi) devient comme le noyau autour duquel gravitent les autres significations possibles. Le synopsis tient dans la faculté qu'ont les centres de passer de l'un à l'autre, les uns dans les autres, faculté gérée par l'usage acquis, la coutume.

Ce type de centrage sur telle occurrence, tel emploi, puis sur tel autre, ne permet pas de les faire dépendre d'un centre-lexème. De ce fait, chaque emploi fait partie du synopsis comme partie intégrante de l'ensemble. L'usage est donc bien constitutif du signe lexicologique. Une fois encore, on voit que le souci d'en rassembler un grand nombre ne relève d'aucun désir de capitalisation du sens : il est simplement logique. Il s'agit de garder ouverts et vivants les réseaux d'interprétants parce que les liens qui les réunissent ne sont pas forcément logiques. Devant regard d'acier, comment prédire que le premier interprétant sera métal (alliage) et non froid ou bleu métal ou arme blanche ou canon de fusil ou...1 ?

Dans la conclusion de La formation du vocabulaire de l'aviation, L. Guilbert souligne que « l'étude d'un vocabulaire technique n'est pas seulement une recherche concernant un secteur spécial du lexique, mais qu'elle révèle des mécanismes linguistiques qui expliquent certains aspects du fonctionnement de la langue » (1965, p. 339). On voit que cette position est très différente d'une prise en compte de l'usage. Il est donc d'autant plus intéressant d'apprécier le fait que, pour substituer à l'appellation unité lexicale celle d'unité de signification, L. Guilbert doit préciser : « Le lexique est bien l'objet de l'étude, mais il s'agissait de saisir un processus de lexicalisation et pas seulement le résultat» (ibid., p. 27). Puisque prendre l'usage en compte, c'est se placer du côté d'une lexicologie des vocabulaires et considérer que leur lexicalisation n'est jamais acquise, c'est aussi considérer que ce que L. Guilbert, avec toute lexicologie du lexique, appelle le « résultat » est en fait la dynamique qui unit la stabilité des usages à leur validité.

Et puisque la forme que prend le glossaire de l'ouvrage de L. Guilbert enferme une dynamique phraséologique dont on ne voit pas comment elle pourrait s'immobiliser en un résultat, il n'est pas interdit de lire, par exemple, 1' « unité de signification » air, airs, aérien comme une image possible d'un synopsis de significations. Ne comporte-t-elle pas, entre plusieurs dizaines d'unités phraséologiques :

l'air ambiant, l'air chaud, la force de l'air, dans l'air/hors de l'air, les amazones de l'air, transporter par air, le roi de l'air, la résistance de l'air, plus lourd que l'air, la conquête de l'air, le Léviathan des airs, la voie aérienne, navigation aérienne, etc.

Notre question initiale était : Comment proposer un mode de rassemblement souple et ouvert sur les flux de vie qui portent les sens ? Le synopsis de significations n'est certes pas un cadre, un corps, un système... Peut-être même n'est-il rien qu'une sorte de dynamique dont seules quelques traces seraient relevables. Mais du moins ne

ferme-t-il aucune piste au lexicologue, et le lent travail de description qu'il lui propose comme tâche ne risque pas de le conduire à des constructions trop formelles. Si ce que nous venons de dire des « unités de signification » de L. Guilbert est acceptable, si A. Rey nous autorise à penser que les presque 400 pages de son « Révolution. » Histoire d'un mot donnent une image possible des synopsis que nous venons d'évoquer, on mesurera que les esprits impatients ne doivent pas s'engager dans cette tâche.

1. Que l'usage soit logiquement errant ne signifie pas qu'un apprentissage institutionnel doive l'être. Les données systématiques y jouent un rôle plus grand que dans l'apprentissage sur le vif. dans le « bain linguistique ». Les méthodes d'apprentissage sont légitimes pourvues qu'elles n'empêchent pas d'apprendre ! A cet égard les données statistiques ne sont pas exploitées comme elles pourraient l'être. Voir cependant J. Picoche. Dictionnaire des mois de haute fréquence. Duculot.

Chapitre IV

QUESTIONS DE METHODE

II y a bien un moment où il fautpasser de l'expliailion à la simple description.

Lndwig Wittgenstein,

De la certitude.

Le lexicologue étudie le vocabulaire d'un domaine d'usage. Cette perspective globale doit gouverner toutes ses recherches, même ponctuelles. Le risque majeur de la démarche - comme de toutes les démarches globales - est la dispersion : à vouloir tout ou trop saisir, on ne saisit plus rien. I1 est donc indispen- sable de prêter une particulière attention au statut de la preuve.

S'il s'agissait d'inventaires, l'exhaustivité ou l'échantillonnage du corpus d'occurrences apporterait assez d'arguments à ce statut. Mais il y a aussi les descriptions. Elles doivent montrer comment se constitue et se valide le vocabulaire considéré. Il faut doncnon seulement enquêter au plus près des échanges langagiers ordinaires, mais aussi interroger les pratiques partagées (partage des définitions et des jugements). Le travail du lexicologue participe ainsi directement du et au statut de la preuve. D'autant plus qu'inventaire et description ne sont pas deux temps distincts mais deux tâches en continuelle interaction pour délimiter le domaine, élaborer le corpus et analyser le vocabulaire.

Les pages qui suivent ne proposent pas un manuel de lexicologie. Ce n'est pas l'objet d'un « Que sais-je ? ». Mais en examinant les principales questions de méthode, elles dessinent un protocole de travail qui permet de faire apparaître les éléments épars ou le corps entier d'un vocabulaire à partir des écrits, des paroles, voire des « murmures » d'un groupe social donné, à un moment donné.

I. — La délimitation du domaine

Les travaux de lexicologie s'organisent selon deux axes complémentaires : celui de l'étendue du vocabulaire considéré (de l'analyse d'un mot à celle d'un vocabulaire), celui de l'étendue des documents considérés (ensemble fini ou ouvert).

La perspective holiste pourrait paraître imposer comme unique objet d'enquête acceptable l'étude d'un vocabulaire général dans un ensemble ouvert de documents, par exemple : le vocabulaire de telle pratique à telle époque. En fait, la perspective gouverne moins le choix de l'objet de l'enquête que la prise en compte de l'usage dans l'ensemble du travail. Elle accepte donc l'étude d'un mot dans un texte donné à condition que l'étude de ce seul mot dans ce corpus fini ait en horizon de recherche le souci de saisir l'usage du mot dans le contexte global qui l'éclairera.

Un mot dans un corpus fini : tout est circonscrit et ce type d'étude peut sembler facile. Il rappelle la traditionnelle question de vocabulaire : Quel est le sens de truc dans ce passage ? Mais si le travail consiste à fermer la boucle occurrence, dictionnaire, occurrence, il est à peine utile. Il devient en revanche intéressant - pour la recherche comme pour la pédagogie -quand, à partir de l'occurrence et d'autres occurrences, à partir des dictionnaires et des compétences glanées ici et là, la question ouvre sur tout un texte ou sur un vocabulaire général : « Faire appel au contexte, aux corrélations puis aux corrélations des corrélants montre bien la nécessité de ne pas s'en tenir aux mots, même et surtout lorsqu'on s'assigne pour but l'étude d'un mot » (M. Launay, J.-N. Goullerot. Langages 11, 1968, p. 10).

En pratique et en théorie, tous les objets d'étude sont donc intéressants. Pourtant on voit que les vocabulaires généraux méritent particulièrement l'attention des chercheurs. C'est dans ce cadre que la théorie trouve son application la plus complète: la lexicologie y est bien l'étude d'un vocabulaire. La pratique y trouve aussi son compte : si le vocabulaire général est déjà connu, les travaux ponctuels pourront s'appuyer sur lui.

Certes, refuser de connaître le sens exact d'un mot est un droit imprescriptible du lecteur. Quand il voit paraître l'Hérodias de Flaubert : « Une simarre de pourpre légère l'enveloppait jusqu'aux sandales », il peut préférer rester sur la seule impression d'un vêtement explicitement flou et long dont les consonnes entrent en résonance érotique avec celles de « pourpre légère » et de « sandales ». Il n'est pas pour autant déplaisant de tirer le fil d'une quelconque occurrence, par exemple, de conférence dans De l'art de conférer de Montaigne (Essais, III, 8), et de faire paraître les enjeux de cet art dans les figures opposées du synopsis de significations : moyen naturel/scolastique, affaire d'entendement/de sottise, affaire d'hommes d'honneur / mal nés, amitié/colère. Autres exemples, toujours très ponctuels : fibre paternelle ou molécule dans Le Neveu de Rameau, ou... l'absence de locomotive dans La Maison du Berger. Le livre de P. J. Wexler (1955) est on ne peut plus utile dans le second cas, l'absence d'un travail complet sur le vocabulaire de l'histoire naturelle de la vie est fort gênante dans le premier.

On voit donc que, même dans le cas de l'étude d'un mot, l'enquête nourrit l'enquête. A plus forte raison dans des cadres plus larges, le domaine retenu est précisé, redessiné par l'enquête elle-même. Une enquête sur le vocabulaire de la sidérurgie au xviiie siècle peut conduire à en retirer la fonderie, technique pourtant proche, mais à faire une large place aux documents administratifs ou aux pièces de justice (R. Eluerd, 1993). « Étudier le vocabulaire d'une profession exige que l'on se fixe deux frontières, d'abord celle de la profession elle-même, puis celle du contenu du vocabulaire. [...] la médecine n'a pas toujours été ce qu'elle est aujourd'hui, les médecines n'ont plus le même type d'instruction que naguère, et c'est le vocabulaire usuel de la santé comme de la maladie qui est digne d'intérêt » (Jean-Charles Sournia, in Meta, 1994, p. 692).

Dans tous les cas, apparaît donc clairement la transdisciplinarité latente et vite effective de la lexicologie, « science-carrefour », écrit A. Rey (1977, p. 16). Non pas qu'elle aille chercher les sens dans les disciplines qu'elle côtoie : à partir du moment où l'on cherche non pas le sens mais l'usage, le sens scientifique de pomme ou d'aluminium n'a pas plus – ni moins - de titres à faire valoir que d'autres sens plus frustes. Mais la saisie, ou l'approche, de l'usage impose justement qu'il soit abordé dans les « transactions linguistiques réelles ». C'est l'un des aspects du statut de la preuve. Et ce statut sera d'autant mieux assuré que le lexicologue restera sur son domaine : celui des énoncés et des textes.

II. — L'élaboration du corpus

1. Un corpus d'occurrences. — Élaborer un corpus, c'est transformer une cueillette en collection. Cueillette, parce qu'il ne faut pas craindre de s'attarder, de faire des détours, de relever des occurrences nombreuses : « Neuf fois sur dix, on néglige les textes et les emplois qui permettent de saisir sur le vif les circonstances et les causes précises » (R.-L. Wagner, 1967, p. 68). Les synopsis de significations ni aucun autre type de regroupement ne peuvent reposer sur des données fragmentaires ou impressionnistes. L'usage a besoin d'être « saisi sur le vif ». La rigueur rationnelle des analyses repose moins sur la hâte du chercheur à conceptualiser que sur l'étendue, la justesse et la diversité des informations. Même les occurrences jugées plus tard inutiles auront contribué au travail. D'autre part, la cueillette ne devient pas collection ordonnée des faits par soudaine mutation. L'interaction continuelle de l'inventaire et de la description est ici l'interaction de la cueillette et de la collection, une interaction qui gouverne le traitement des occurrences.

En linguistique descriptive, le statut de l'occurrence est fondamental. L'occurrence doit absolument être de « première main ». Toute occurrence donnée par un dictionnaire ou par un ouvrage d'histoire, un recueil de textes ou l'édition moderne d'un texte ancien doit absolument être vérifiée sur le document original : orthographe et contexte. Le coût en temps de recherche est parfois considérable, mais il n'y a aucun moyen d'y échapper.

Par exemple C. Ballot, dans L'introduction du machinisme dans l'industrie française (Lille, 0. Marquant, 1923, p. 438), cite une instruction administra- tive du 5 juin 1764 où se lit le nom coucke, et qu'il attribue au commis Holker. Brunot (Histoire de la langue française, VI, A. Colin, p. 405) renvoie indirec- tement à Ballot et écrit cocke. F. Mackensie, dans Les relations de l'Angleterre et de la France d'après le vocabulaire (Genève, Droz, 1939, p. 175), s'appuie sur Bru not pour donner 1764 comme date de la première attestation de coke en français. En réalité, la note de 1764 est rédigée par le chimiste Hellot qui, dans ses carnets, donnait déjà copie d'une lettre du 1er septembre 1738, d'un Français en voyage dans le Shropshire, lettre où se lisait coucke (Collections d'arts et de sciences. Bibliothèque municipale de Caen). L'intérêt n'est pas de simplement reculer une date de première attestation manuscrite mais de saisir, dès 1738, un point intéressant pour l'histoire de la sidérurgie française et... l'histoire des relations de vocabulaire entre l'Angleterre et la France (R. Eluerd, 1993, p. 171).

Une occurrence se relève avec son contexte. La définition grammaticale (syntagme ou phrase) de ce contexte est inopérante. Il faut toujours voir plus large. D'autant plus que, pour l'économie du travail, il est préférable de n'avoir pas à revenir au document. Rien ne remplace donc le contact direct avec le document. C'est sa lecture et sa lecture seule qui permet d'apprécier si l'occurrence mérite un environnement minimum ou réclame une page entière. Une place de choix est évidemment faite à l'occurrence où l'auteur lui-même exprime son attitude quant au mot qu'il emploie, qu'il ose créer ou remettre en usage. Enfin, pour saisir l'usage, l'environnement contextuel ne suffit évidemment pas : il faut toutes les lumières possibles sur la situation, le contexte mondain.

En pratique, ces contraintes signifient qu'on ne passe pas directement du document à la fiche. La première étape est celle du relevé des occurrences en contexte - un contexte qui a parfois la dimension du document. Ce relevé est ensuite soumis à analyse par criblage des unités utiles : elles sont détachées de leur microcontexte exact mais encore réunies selon leur macrocontexte, c'est-à-dire selon les liens qui les unissent dans la page, le chapitre, voire l'ouvrage exa- miné. Comme ces liens sont généralement schémati sables - que ce soit sur la base des mots ou sur celle de choses -, cette technique du criblage fournit une sorte de « visuel » du document que la mémoire retient et confronte aisément à d'autres organisations.

La fiche peut alors être rédigée. Elle rassemble une concordance d'occurrences types. C'est à ce stade qu'on apprécie l'utilité des occurrences nouvelles, que le tri est fait entre celles qui se répètent complètement (la fiche peut alors n'enregistrer que leurs références) et celles qui ne se répètent pas, qui demandent le relevé du contexte, qui invitent peut-être à constituer une fiche différente. On voit que la fiche participe de l'élaboration du corpus et aussi de son analyse. Elle est l'interface des deux aspects du travail. C'est particulièrement net dans les questions qu'elle pose, les compléments de recherche qu'elle appelle.

2. La synchronie-diachronie. — La lexicologie travaille sur des occurrences, elle est donc liée à des études diachroniques. L'étude d'un mot ou d'un vocabu- laire ne peut être une étude purement synchronique. Les études synchroniques visent non pas une diachronie très brève mais une structuration opérée et opérative, décrite en faisant abstraction du temps, et nécessairement située dans le champ des faits relativement systématisables, celui des études de morphologie et de sémantique lexicales, études qui peuvent bien entendu devenir diachroniques. Pour autant, la lexicologie n'est pas ici en total désaccord avec Saussure : il s'agit de se situer non dans un certain état de langue mais dans un certain état de l'usage.

L'important est en effet d'avoir un cadrage temporel, une synchronie-diachronie éclairante et pourvue d'un avant comme d'un après. Ce cadrage que dessinent souvent des dates limites peut aussi procéder d'une date pivot. C'est sur les deux versants d'un avant-1620 et d'un après-1620 que F. Berlan (1994) montre comment ingénuité et naïveté perdent leur sens positifs de « noble franchise » et « Fidélité au réel » pour devenir péjoratifs sous le sens de « crédulité, niaiserie ». Mais, dates limites ou date pivot, ce qui se joue là aussi, c'est le statut de la preuve : le moment retenu doit avoir la dimension requise pour que les mots puissent assumer leur rôle d'actants, pour que l'interaction du langage et du monde soit effective, pour que, par exemple, dans l'apparition, l'adoption ou l'expulsion d'une acception nouvelle jouent pleinement et la liberté du nouvel emploi, et ce qu'il doit aux emplois établis.

Rédiger une monographie sur les emplois de gauche et droite dans le Bloc-notes de Mauriac en mai 1958 semble d'emblée dessiner des limites précises. Mais ces limites sont celles du document et du corpus fini qui en résulte : l'horizon de l'étude est nécessairement plus large (R. Eluerd, in Mauriac entre la gauche et la droite, Klincksieck, 1995, p. 67). Il le faut pour comprendre gauche dans ces phrases de la nuit du 13 au 14 mai 1958 : « Et, maintenant, face au pronunciamiento, il faut que la gauche française ressuscite [...]. Il faut que le ministère ainsi revivifié gouverne, appuyé sur toute la gauche, sans rien concéder aux factieux » (Bloc-notes, II, éd. Jean Touzot. Éd. du Seuil, 1993, p. 70).

Même remarque de M. Tournier étudiant un corpus de discours syndical : « Classe est sans doute encore senti comme signe marxiste et surtout partisan : masse peut-être encore comme héritage anarcho-syndicaliste ou socialiste-révolutionnaire » (in Meta, 1994, p. 805).

Il peut aussi y avoir un décalage sensible entre l'unité et le monde. D'une certaine manière, c'est-à-dire d'une manière aussi fonctionnelle qu'imprécise, haut fourneau est employé concurremment avec fourneau pendant tout le XVIIIe siècle sans que la hauteur n’apparaisse jamais comme un élément déterminant. Mais au siècle suivant, quand le fourneau devient vraiment haut, le mot est disponible (R. Eluerd, 1993, p.185). C'est ce décalage que met en relief tout le travail de L. Guilbert, La formation du vocabulaire de l’aviation1 :

«La période étudiée a été délimitée par l'apparition du signe hélicoptère (1861) et celle d'avion (1890); mais l'expérience de 1'"aviation", riche d'abord de projets, de recherches, de brevets d'invention même, à travers lesquels s'est formé un premier vocabulaire, n'a abouti à un acte d'aviation proprement dit, l'enlèvement d'un appareil plus lourd que l'air monté par un homme, qu'à l'extrême limite de ces trois décennies, en 1890 » (1965, p. 330).

Cette perspective ne concerne pas que le cadre général de l'analyse, elle se retrouve au niveau de toutes les unités envisagées. Chaque article du glossaire élaboré par J. Dubois sur Le vocabulaire politique et social en France de 1869 à 1872 (1962) comporte une face synchronique et une face diachronique : la première reprend les témoignages linguistiques de l'utilisation de l'unité dans la période considérée, la seconde donne les documents, dictionnaires et études qui éclairent cette utilisation.

Il en résulte une clôture du corpus en surface qui est visible, artificielle et très utile. Visible parce qu'elle se lit dans le titre de l'étude : Tel(s) mot(s) ou tel vocabulaire dans tel(s) texte(s) ou de telle date à telle autre. Artificielle parce que, comme nous l'avons déjà dit, le lexicologue et ses lecteurs savent très bien que les textes et les dates non seulement ont mais doivent avoir un avant et un après. Très utile parce qu'il faut bien terminer le travail, il faut bien trouver les bornes avant ou après quoi l'enquête se fera en perspective, juste pour éclairer la surface retenue. Ce bornage indispensable n'est pas toujours facile. Les premières pages des travaux en témoignent.

J. Dubois, dans Le vocabulaire politique et social en France de 1869 à 1872, justifie le choix des dates dans le point III de son introduction (« Le moment historique », p. 3-4): «"L'année 1869, écrit G. Bourgin, est un carrefour où se mêlent et se heurtent des courants variés" (in La Commune, p. 15) », la fin de l'année 1871 voit 1' « installation progressive des premières institutions républicaines sous l'impulsion prudente de Thiers ». Mais il souligne aussi l'importance des périodes 1830-1832 et surtout 1840-1848, «pratiquement inexplorée» (ibid., « Perspectives diachroniques »). Il sonde enfin l'avenir en attirant l'attention sur les dates de 1880, de 1923 et par l'étude de quelques termes

1. C'est peut-être ce décalage qui il conduit L. Guilbert a insister sur le fait qu'on peut conduire une étude structurale du lexique «à condition qu'on définisse le système formé par les unités lexicales d'un lexique à partir du fonctionnement réel de la langue dans une période donnée, dans un milieu social donné» (1965. p. 333). Nous pensons qu'une prise en compte plus affirmée des realia, même encore inexistantes, reste cependant possible et nécessaire. Si te lexique « ne naît pas directement de la réalité objective, mais [de] la gestation de cette réalité à travers toute une série de recherches » (ibid., p. 330), c'est aussi parce qu'il participe à cette gestation, qu'il n'en est pas un simple témoin. En substituant unité de signification à unité lexicale (voir chap. III), L. Guilbert lui-même laisse entendre quelque chose de ce genre.

des œuvres de Zola et Vallès pris comme «témoins de l'évolution linguistique» (ibid., p. 9). M.-F. Piguet, dans « Classe » Histoire du mot et genèse du concept, des Physiocrafes aux historiens de la Restauration, aborde le discours physiocratique dans son chapitre II et consacre légitimement le premier à classe et ordre au XVIII e siècle.

Notre travail. Les mots du fer et des Lumières, contribution à l'histoire du vocabulaire de la sidérurgie française (1722-1812), ne pouvait commencer qu'en 1722, année de publication de L'art de convertir le fer forgé en acier où Réaumur, le premier, comprend que l'acier est un état intermédiaire entre la fonte et le fer pur - ce qui impose qu'on souligne les différences avec les conceptions précédentes. Comme il ne pouvait se clore en 1786, date où Vandermonde, Monge et Berthollet donnent la première définition moderne d'acier, mais sans impact industriel immédiat, il fallut aller jusqu'en 1812 et retenir l'ouvrage d'un ingénieur, professeur à Polytechnique, Hassenfratz, ouvrage de compilation certes, mais de ces compilations qui sont de bons bilans - ce qui signifie qu'on y perçoit les lignes directrices de l'avenir.

Comme pour le domaine, la question des limites de la synchronie-diachronie ne peut donc être tranchée d'avance. C'est pendant le travail lui-même que le cadrage temporel apparaît ou pour confirmer des dates que l'histoire générale avait indiquées ou pour les infléchir en fonction d'un document essentiel pour l'étude du vocabulaire examiné.

3. La « profondeur » du corpus. — Gouvernée par les objectifs du domaine et de la synchronie diachronie, la profondeur d'un corpus n'est pas une donnée initiale de l'étude : elle résulte, elle aussi, de décisions prises au long du travail. Il ne s'agit pas pour autant de bâtir un corpus ad hoc. Il s'agit de le garder ouvert à toutes les nécessités de l'enquête. Même dans le cas déjà examiné de l'étude d'un mot dans l'ensemble fini d'un document, il faut ménager les ouvertures nécessaires. Le corpus fini qui fonde l'étude ouvre en effet sur un corpus plus large qui l'éclaire. S'enfermer dans l'immanence du corpus fini est impossible, c'est passer sous silence l'usage, non pas en l'ignorant - comment ignorer les « principes accoutumés » ? - mais en faisant comme si l'on n'en tenait pas compte.

Il en résulte une clôture en profondeur à propos de laquelle le mieux est... de ne pas clore. Ce point est essentiel : c'est ici que se joue vraiment la saisie de l'usage. « A quelle profondeur forer le puits ? », demandait G. Matoré (1953, p. 74). On peut aujourd'hui répondre : à la profondeur où le souci d'exhaustivité rencontre l’archive. Ce concept est ici emprunté aux historiens qui, pour reprendre un titre de Jacques Guilhaumou et Denise Maldidier, envisagent l'«analyse de discours du côté de l'histoire»1. Eux-mêmes le doivent à Michel Foucault2. J. Guilhaumou souligne comment l'historien du discours se démarque de l'historien classique « pour qui le texte n'est qu'un moyen d'atteindre un sens caché, un réfèrent pris dans l'évidence du sens ». En revanche, « décrire l'itinéraire d'un sujet, l'organisation d'un thème, la formation d'un concept, un dispositif événemen-tiel à partir de configuration d'énoncés attestés dans l'archive, c'est rendre compte en même temps

1. Article paru dans Langages,81, 1986. Repris dans J. Guilhaumou, D. Maldidier et R. Robin, Discours et archive, Liège, Mardaga,1994.

2. J. Guilhaumou, L’avènement des porte-parole de la République (1789-1792), Villeneuve-d'Ascq, PU du Septentrion, 1998, p. 272.

de leur dimension interprétative »1 Dominique Maingueneau précise les enjeux : « II s'agit de considérer des positions énonciatives qui nouent un fonctionnement textuel à l'identité d'un groupe. »2 On voit donc combien cet opérateur épisté-mologique est utile. Tout en respectant l'autonomie des disciplines et leurs contacts, il épargne à l'analyse la prise en compte du « sujet cartésien, sans inconscient, sans appartenance de classe, sans idéologie » (R. Robin, Histoire et linguistique, o.c., p. 36), il donne à l'échange langagier sa dimension collective, recoupe ainsi la prise en compte de l'usage et justifie l'approche de cet usage dans la profondeur d'un corpus non fini.

Cette profondeur peut être balisée de différentes façons. R.-L. Wagner distinguait trois niveaux de sources : le niveau technique, niveau des spécialistes, le niveau des textes d'information qui atteignent un public plus large et celui des textes dits littéraires pris comme témoins. Mais plus que sur les limites, il insis- tait sur les « sas » qui relient les niveaux : « Un des buts du travail est en effet de déterminer le nombre et la qualité des signes qui franchissent ces sas ainsi que les voies empruntés par eux» (1970, p. 37-39). Et il insistait aussi sur l'utilité du dépouillement des documents classés dans les pièces diverses, des périodiques de toutes sortes, des journaux intimes, des observations ou récits de voyage, etc.

Les auteurs de Linguistiques de corpus empruntent à D. Biber une typologie de la situation d'un document qui n'est pas utile que pour la normalisation. Elle énumère : 1 / le canal ; 2 / la publication ; 3 / le cadre institutionnel ou privé ; 4 / le destinataire envisagé dans son nombre, sa présence, son interaction, les connaissances partagées ; 5 / le destinateur envisagé selon son état civil, son statut social et professionnel ; 6 / une échelle qui va de l'informatif à l'imaginaire ; 7 / les actes de langage poursuivis ; 8 / les thèmes3.

De fait, les coins et recoins des enquêtes sont nombreux. Pour nous en tenir à l'examen d'un vocabulaire spécialisé, sous le niveau immédiatement visible des dictionnaires ou encyclopédies, il y a celui des vocabulaires ou glossaires qui accompagnent souvent les ouvrages antérieurs, puis celui des périodiques, des

brevets, des notes ou circulaires administratives. Dans tous les pays et à toutes les époques, la collecte des impôts, taxes et autres péages a toujours fait l'objet de listes précieuses pour l'historien des vocabulaires, du Livre des métiers

d'Étienne Boileau (XIIIe siècle) aux directives de l'Union européenne. Plus profond, se trouvent les archives des entreprises, leurs carnets de commande, les pièces comptables, les contrats et surtout les inventaires établis pour une vente, un héritage ou une saisie. Plus bas encore, les notes manuscrites, les brouillons, deux mots et un croquis sur un carnet de voyage, dans la marge d'une lettre..., tous « les

1. Ibid., p. 272 et 273 : J. Guilhaumou fait le départ entre la démarche de l'histo-rien du discours el celle du lexicologue. Mais la lexicologie qu'il prend en compte s'intéresse « prioritairement à des unités lexicales, le plus souvent présentes dans les dictionnaires des formes, [...] qu'il s'agit de décrire dans leurs diverses concrétisa-tions historiques sur la base d'un dépouillement archivistique de sources essentiel-lement imprimées» (p. 15). On voit que la lexicologie, étude du vocabulaire d'un domaine d'usage, ne relève pas de cette approche.

2. D. Maingueneau, Analyse du discours, introduction aux lectures de l’archive,Hachette, 1991, p. 23.

3. Voir B. Habert, A. Nazarenko. A. Salem. 1997, p. 1 52 ; renvoi à D. Biber. Representativeness in corpus design, Linguistica Computazionale!, IX-X, 1994.

documents directs et indirects susceptibles d'être ramenés des profondeurs de l'histoire » (J.-P. Saint-Gérand, L'Information grammaticale, no 83, p. 12), tout un « murmure » qu'il est impossible de saisir et qu'on ne peut cependant ignorer.

4. Les données numérisées. — L'histoire, l'état actuel et l'utilisation des données langagières numérisées mériteraient à elles seules plus d'un « Que sais-je ? ». La bibliographie ouverte autour de 1960 par les dépouillements manuels de P. Guiraud, R.-L. Wagner ou de J. de Bazin, par la publication des Index du Centre d'étude du vocabulaire français de l'Université de Besançon, sous la direction de B. Quemada, par les travaux de statistique lexicale de C. Muller puis les travaux de l'équipe de i'ens de Saint-Cloud comporte aujourd'hui des centaines de titres et s'enrichit continuellement. En linguistique de corpus, les vastes échantillons de langage retenus, annotés et pourvus d’outils d'interrogation «renouvellent la dimension empirique et expérimentale de la linguistique» et font que les «faits deviennent un peu plus têtus» B. Habert, A. Nazarenko, A. Salem, 1997, p. 216). Il est regrettable que ces grands corpus concernent beaucoup plus l'anglais que le français.

A juste titre, les enquêtes sur un vocabulaire doivent faire état de l'auteur du logiciel exploité. Par exemple, telle étude que M. Tournier consacre à la « sloganisation » s'appuie sur un logiciel de P. Lafon qui permet de « saisir et probabiliser les phénomènes de cooccurrence et d'enchaînement de cooccurrences, y compris à distance » (in Les mots de la nation, 1996, p. 71). Pour ces travaux, comme pour ceux de J. Guilhaumou, M.-F. Piguet (ouvr. cités), voir cnrs-inalf, Laboratoire de lexicométrie, ENS, Grille d'honneur. Le Parc, F-9221l Saint-Cloud ;

lafon@ens-fcl.fr.

Quant aux contextes des données numérisées, ils sont soumis à des contraintes pratiques et légales. Le chercheur ne peut pas choisir les contextes, et encore moins les adapter aux occurrences. Ainsi, sur la base FRANTEXT, il reçoit des contextes calibrés au maximum à 300 caractères si les textes sont sous droits et qui, par un effet de zoom, peuvent être agrandis à trois pages si les textes sont du domaine public (http :/7www.ciril.fr/~mastina/FRANTEXT).

La position du chercheur à l'égard de ces données a été décrite en 1969 par C. Muller : « Tantôt il s'agit d'une recherche fondamentale, qui pose ses propres problèmes et crée ses propres méthodes ; tantôt ce n'est qu'un outil que l'on manie, à un moment précis d'une recherche ou d'une démonstration » (Langue française, n° 2, p. 43). Deux principaux types de résultats sont mis à la disposition du lexicologue : des index, listes de mots accompagnés de leurs références, donnés dans l'ordre alphabétique ou par fréquences décroissantes - ils permettent d'apprécier rapidement non seulement les fréquences mais aussi les absences -, et des concordances, listes alphabétiques de mots donnés avec un contexte. « L'avenir appartient aux concordances», écrivait R.-L. Wagner (1970, p. 42). Elles permettent en effet d'apprécier toutes les occurrences d'un corpus fini, de saisir les relations sémantiques, les esquisses de figements ou les figements qui accompagnent tous les types de discours. Pour autant, le travail ne s'arrête pas aux données fournies par les machines et les calculs. C. Muller l'a souligné de belle manière : « C'est au chercheur de décider quelles sont les comparaisons les plus valables, et quelles sont les données quantitatives dignes d'enquête. Et c'est à lui, surtout, qu'appartient la partie divine de l'enquête : l'interprétation des faits, et la synthèse » (Langue française. Débats et bilans, H. Champion, 1993, p. 60).

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