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4.3. Les «rectifications» orthographiques

Après la publication le 6 décembre du Rapport du Conseil supérieur de la langue française concernant les «rectifications de l'orthographe» au Journal officiel sous la forme d'un document administratif (c'est-à-dire n'ayant aucune portée contraignante), l'Académie française délibéra de nouveau, confirma son accord en l'assortissant d'une «période probatoire» devant permettre à l'usage de s'établir tout en se réservant le droit de revenir sur les rectifications.

Ainsi, il apparaît qu'il n'y aura pas d'imposition de nouvelles normes orthographiques, mais un processus long et une polémique qui s’est éteinte peu à peu. Comme d’habitude, c’est un échec, même si la réforme n'est pas morte. Certains groupes, peu nombreux mais influents, ont commencé à appliquer les rectifications orthographiques. Des ouvrages de référence tels que Le Bon Usage, le Dictionnaire de l'Académie, le Dictionnaire Hachette, etc., font état de ces rectifications; le Petit Larousse et le Petit Robert n'ont, jusqu'ici, adopté qu'une partie des rectifications proposées. On ne parle plus de «réforme», mais de simples «rectifications».

Le ministère de l'Éducation de la Communauté française de Belgique et le ministère de l'Éducation de la Suisse romande ont indiqué à leurs enseignants que l'orthographe traditionnelle et l'orthographe rectifiée devaient coexister. L'Office québécois de la langue française (OQLF) a adopté une attitude attentiste. Pour le moment, les rectifications ne sont toujours pas enseignées dans les écoles, tout en demeurant peu connues, voire inconnues du grand public. Il est possible, après tout, que la simplification du pluriel des noms composés et la francisation des noms étrangers aient plus de chances d'être acceptées. Néanmoins, il semble bien que l'orthographe française continuera, selon l'expression du linguiste Pierre Encrevé, d'être «l'instrument d'humiliation favori de l'école française, premier lieu du contrôle social». 

5. La coexistence des usages

Un autre trait caractéristique de notre époque: la coexistence des normes et des usages français. Alors que jamais le nombre des locuteurs francophones n'a été aussi élevé et que jamais un aussi grand nombre d'États ne se sont intéressés au français, l'Autorité traditionnelle semble être morte. L'Académie française a perdu beaucoup de sa crédibilité et semble être devenue le vestige d'une époque révolue. Pensons à la réforme avortée de l’orthographe et à la position controversée sur la féminisation des titres. Aujourd’hui, les nouveaux «maîtres» de la langue sont davantage les médias et les publicitaires, dont l'influence est autrement plus considérable que celle des académiciens ou des terminologues. Dans ces conditions, les normes se modifient au gré des modes et des régions où l'on parle le français.

Dans chaque région du monde où l'on parle le français, il s'est développé une prise de conscience de la langue comme instrument d'identification nationale. Les Wallons, les Suisses romands, les Québécois, les Acadiens, les Maghrébins, les Sénégalais, les Ivoiriens, les Antillais, etc., ne veulent pas parler exactement «comme les Français». Chaque pays, voire chaque région, a tendance à cultiver sa propre norme locale, c'est-à-dire une variété de français qui a conservé un certain nombre de traits originaux. Il existe des français régionaux un peu partout en France, mais aussi un français de Wallonie, un français bruxellois, un français québécois, un français acadien, un français néo-calédonien, etc.