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2. La question de la Charte européenne des langues régionales ou inoritaires

Les patois français ont changé de nom et, depuis l'Union européenne, ils sont devenus des «langues régionales» en France, mais non pas encore des «langues minoritaires». Dans ce monde du «politiquement correct», si le terme «dialecte» est de moins en moins employé, le mot «patois» est quasiment disparu du vocabulaire des politiciens français; ils craignent de paraître mal en y associant une valeur péjorative. Même si la linguiste Henriette Walter affirme dans Le français dans tous les sens, qu'«il n'y a aucune hiérarchie de valeur à établir entre langue, dialecte et patois», tous sont devenus plus prudents avec ces termes

aujourd'hui controversés.

2.1 La persistance du discours anti-patois

Cela étant dit, le discours anti-patois est toujours resté très profond chez les dirigeants politiques français contemporains. Par exemple, en 1972, Georges Pompidou (1911-1974), alors président de la République, déclarait au sujet des langues régionales: «Il n'y a pas de place pour les langues et cultures régionales dans une France qui doit marquer l'Europe de son sceau.» Il est vrai que, depuis plus de vingt-cinq ans, le discours sur cet épineux sujet a beaucoup changé dans ce pays, mais pas les actes. C’est ainsi que François Mitterand (1916-1996), président de la République de 1981 à 1995, annonçait ses couleurs au sujet des langues de France, deux mois avant son élection (1981, à Lorient):

Le temps est venu d’un statut des langues et cultures de France qui leur reconnaisse une existence réelle. Le temps est venu de leur ouvrir grandes les portes de l’école, de la radio et de la télévision permettant leur diffusion, de leur accorder toute la place qu’elles méritent dans la vie publique.

Toutefois, malgré ce discours à saveur électoraliste, la situation n'a pas évolué considérablement, car, lors des débats sur le traité de Maastricht, Robert Pandraud (né en 1928, député et ancien ministre) déclarait, le 13 mai 1992, qu'il était inutile de faire apprendre aux enfants des dialectes en lieu et place d'une langue internationale (lire «l'anglais») :

Je rends hommage à l'école laїque et républicaine qui a souvent imposé le français avec beaucoup d'autorité — il fallait le faire — contre toutes les forces d'obscurantisme social, voire religieux, qui se manifestaient à l'époque. Je suis également heureux que la télévision ait été un facteur d'unification linguistique. Il est temps que nous soyons français par la langue. S'il faut apprendre une autre langue à nos enfants, ne leur faisons pas perdre leur temps avec des dialectes qu'ils ne parleront jamais que dans leur village: enseignons-leur le plus tôt possible une langue internationale!

Dans les années quatre-vingt-dix, il faut dire que le député Pandraud a souvent eu des propos contestables; il affirmait, par exemple, que «la peur du gendarme a toujours été le commencement de la sagesse», prônant ainsi les méthodes fortes. А en croire les déclarations de la part de personnalités officielles, les dirigeants français ne doivent se préoccuper que de la langue française. En mai 1997, Daniel Gauchon, inspecteur de l'Éducation nationale, déclarait qu'il fallait privilégier la culture et la langue française et non pas les langues régionales :

Les langues régionales ont sans doute leur place à l'école comme l'enseignement de n'importe quelle langue ou discipline, mais le bilinguisme en langue régionale est incompatible avec les principes de fonctionnement de l'école publique. Il privilégie la culture et la langue d'une communauté, alors que le rôle de l'école publique est de privilégier la culture et la langue françaises dans un objectif de cohésion sociale.

Autrement dit, «privilégier» le français est synonyme d'exclusion de toute autre langue! On se croirait dans un débat en Amérique latine pour savoir s'il faut enseigner l'espagnol ou les langues amérindiennes et, dans l'éventualité où il conviendrait d'enseigner aussi ces langues, faudrait-il aller jusqu'à les enseigner aux hispanophones? Non, bien sûr! En France, tout enseignement des langues régionales est considéré comme facultatif, jamais obligatoire, et il n'est surtout pas question de les enseigner aux «francophones». Par exemple, les velléités de l'Assemblée de Corse à ce sujet ont vite été réduites à néant lorsque le Conseil constitutionnel, dans sa décision du 17 janvier 2002, a donné le feu vert à l'enseignement de la langue corse «dans le cadre de l'horaire normal des écoles maternelles et élémentaires» de l'île, en insistant sur le caractère facultatif de cet enseignement.