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5. L'amorce des changements linguistiques

Précisons quelques mots encore sur l'état de la langue standard, c'est-à-dire celle du roi. La norme linguistique commença à changer de référence sociale. On passa de «la plus saine partie de la Cour» de Vaugelas aux «honnêtes gens de la nation». L'usage des écrivains du XVIIIe siècle ne montra pas de changements par rapport au XVIIe siècle, mais la phrase (syntaxe) s'allégea encore. Peu de modifications apparurent également au plan de la prononciation, à l'exception de la restitution des consonnes finales dans des mots comme finir, tiroir, il faut, etc., remises à l'honneur grâce à l'écrit.

Dans l'orthographe, c'est à partir de 1740 que l'actuel accent aigu fut systématiquement utilisé en lieu et place de la graphie es-, par exemple dans dépit (ancienne graphie : despit). L'édition de 1762 du Dictionnaire de l'Académie consacra l'instauration de l'orthographe moderne et le principe définitif de l'origine étymologique des mots. L'appauvrissement du vocabulaire, noté au XVIIe siècle, ne répondait plus à l'esprit encyclopédique du siècle des Lumières. Ce fut une véritable explosion de mots nouveaux, notamment de termes techniques savants, puisés abondamment dans le grec et le latin. 

En 1787 et 1788 que l'abbé Jean-François Féraud (1725-1807) publia son Dictionaire critique de la langue française. Le souci principal de son auteur était de fournir aux étrangers et aux Français des régions éloignées de France un guide complet de l'usage de la langue française. Pour ce faire, il fait mention et critique le bon usage des mots et des prononciations. On lit dans la préface de la première édition:

 

Celui-ci est un vrai DICTIONNAIRE CRITIQUE, où la Langue est complètement analysée. C'est un Comentaire suivi de tous les mots, qui sont susceptibles de quelque observation; un Recueuil, qui laisse peu à desirer; des Remarques, qui peûvent éclaircir les doutes et lever les dificultés, que font naître tous les jours les bizârres irrégularités de l'Usage. C'est la Critique des Auteurs et l'examen, la comparaison, critique aussi, des divers Dictionaires. Nous ôsons croire qu'il réunit les avantages de tous, et qu'il y ajoute des utilités, qui ne se troûvent dans aucun.

Dans ce dictionnaire, les doubles consonnes furent systématiquement éliminées (dictionaire, gramaire, aplication, diférent, persone, afirmatif, atention, , doner, etc.), quitte à ajouter un accent si nécessaire (anciène, viènent, aprènent, etc.). On note aussi un accent sur certaines voyelles allongées : phrâse, pâsser, faûsse, aûtre, chôse, encôre, ôser, etc. Il demeure intéressant aujourd'hui de lire certains commentaires portant sur la prononciation qui était en train de changer. Féraud choisit de présenter les variations phonétiques en les annotant de façon particulière, comme on peut le constater dans l'article «CROIRE»:

  CROIRE, v. n. et act. Faut-il prononc. crêre, ou croâ-re? Plusieurs admettent les deux prononciations; la 1re, pour la conversation: la 2de pour le discours soutenu. Un habile homme interrogé, comment il falait prononcer ce mot, répondit: je crais qu'il faut prononcer, je crois. L'Ab. Tallemant, dans le Recueil des Décisions de l'Acad. Franç. (1698) dit que la prôse adoucit la prononciation à plusieurs mots, comme croire, qu'elle prononce craire. La question est encôre indécise: le plus sûr est de toujours prononcer croâre, je croâ, nous croa-ion, etc. — On dit, dans l'Ann. Lit. "M. Retif de la Brétone écrit craire au lieu de croire, comme s'il était convenu généralement de prononcer de la première manière. Cette prononciation même n'est-elle pas ridicule, comme endrait pour endroit, étrait pour étroit, fraid pour froid, etc.

   CONJUG. Je crois, nous croyons, ils croient (et non pas croyent, qui ferait deux syllabes, croa-ient.); je croyais, nous croyions, vous croyiez, ils croyaient. Je crus, j'ai cru (et non pas crû, avec l' acc. circ.) Je croirai, croirais; que je croie. (Pron. croâ, monos. et n'écrivez pas croye, qu'on prononcerait croa-ie, et qui serait dissyllabe.); que je crus, tu crusse, il crut (et non pas crût, avec l'accent.); croyant, cru.

   Rem. 1°. L'Académie écrit à l'Imparfait comme au présent, nous croyons, vous croyez; c'est confondre un temps avec l'aûtre. Plusieurs Auteurs le font de même: "Nous croyons la chôse finie, mais le lendemain la scène changea. Let. Édif. Je crois qu' il faut écrire et prononcer, nous croyions.

  2°. On écrivait aûtrefois je creus, tu creus, il creut. J'ai creu. Aujourd'hui on écrit, et l'on prononce~ je crus, etc. J'ai cru. Quelques-uns y mettent mal-à-propos un accent circ. sous prétexte de marquer la supression de l'e; mais cet accent n'est plus employé aujourd'hui, par ceux qui écrivent bien, que pour marquer les syllabes longues.

Par exemple, Féraud jugeait ridicule les prononciations de fraid ([frèd]) pour froid ou étrait ([étrèt]) pour étroit. Mais à l'article MOI on sait que moi ne se prononçait plus qu'en moa ([mwa]) et non plus [mwé] comme au Canada à la même époque et dans les milieux de la vieille aristocratie française.

De plus, l'infiltration étrangère se mit à déferler sur la France; la langue s'enrichit de mots italiens, espagnols et allemands, mais cet apport ne saurait se comparer à la «rage» pour tout ce qui était anglais: la politique, les institutions, la mode, la cuisine, le commerce et le sport fournissent le plus fort contingent d'anglicismes. Curieusement, les censeurs linguistiques de l'époque ne s'élevèrent que contre les provincialismes et les mots populaires qui pénétraient dans le français; ils croyaient que la langue se corrompait au contact des gens du peuple.