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История языка.doc
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4. L’état de la langue

Même si la langue écrite de cette époque faisait partie du français moderne du fait que les textes nous sont directement accessibles sans traduction, l'état de la prononciation aristocratique n'était pas encore celui d'aujourd'hui. Le féminin des participes, par exemple, était identifiable dans la langue parlée: aimée au féminin se prononçait avec un [é] allongé, alors que le [é] du masculin aimé était bref; l'infinitif aimer avait un [é] encore plus allongé. De plus, la chute des consonnes finales se poursuivait: mouchoi, plaisi, couri, ifaut, i(l)s ont [izont], not(r) [not] constituaient la norme plutôt que mouchoir, plaisir, courir, il faut, ils ont, notre [notre], qui faisaient «peuple» et «bas». De même, on supprimait les «e» inaccentués dans des mots comme désir, désert, secret, prononcés [dzir], [dzèr], [skrè]. Un autre phénomène intéressant concerne la prononciation de l'ancienne diphtongue oi; les mots en -oi étaient prononcés [wé] ou [wè]. On prononçait [mwé] (moi), [twé] (toi), [rwé] (roi), mais [krwèr] pour croire, [bwèr] pour boire, [franswè] pour le prénom François et le nom français (écrit françois) et [franswèse] dans langue françoise. Ainsi, la langue française de l'Académie se distinguait alors de l'horrible prononciation vulgaire (celle du peuple), qui était passée au [wa] que nous avons maintenant dans roi (plutôt que rwé) conservée comme archaїsme phonétique régional.

4.1 Le français normalisé : à pas de tortue

Cette langue française choisie et parlée par l'élite — appelé «français du roy» — pénétrait à pas de tortue dans les parlers du français populaire, car le peuple ignorait tout des règles d'ordre, de pureté, d'élégance et d'harmonie. А cette époque, l'analphabétisme se situait autour de 99 % en France (comme partout en Europe). Le peuple était gardé dans l’ignorance totale: l’essentiel de l'enseignement demeurait celui de la religion, qui se faisait en patois, parfois même en latin. Il faut dire aussi que l'orthographe n'était jamais enseignée dans les écoles, encore moins aux femmes; les hommes pouvaient au moins se servir de leur connaissance du latin et l'appliquer comme ils pouvaient au françois. Enfin, les nouvelles provinces annexées au royaume furent dispensées d'appliquer l'ordonnance de Villers-Cotterêts.

On pourrait préciser la situation linguistique en disant que la langue du peuple se partageait alors en trois catégories de locuteurs: les locuteurs dits «francisants», les locuteurs «semi-patoisants» et les locuteurs «patoisants».

 

4.2 Les francisants

Les francisants correspondaient aux individus qui avaient une connaissance active de l'une ou l'autre des variantes du français populaire, c'est-à-dire le français du peuple (mais non pas le «françoys du roy»), plus ou moins marqué de provincialismes, d'expressions argotiques et d'archaїsmes. Ces parlers avaient leur centre à Paris et dans la région environnante, mais ils étaient aussi employés dans la plupart des villes du Nord. Si nous pouvions entendre une conversation des gens du peuple de cette époque, nous constaterions des parlers français teintés de forts provincialismes et d'usages très locaux. Par exemple, on entendrait Piarre au lieu de Pierre, plaisi au lieu de plaisir, la tab au lieu de la table, al pour elle, a m'verrâ pus pour elle ne m'verra plus, quéqu'un pour quelqu'un, quéque chose pour quelque chose, etc. 

Bref, ce sont des parlers qui se rapprocheraient de celui des Français qui émigraient au Canada ou aux Antilles, et qu'utiliseront les colons par la suite. La plupart des Parisiens prononçaient les mots tels que loi, moi et roi comme aujourd'hui ([lwa], [mwa] et [rwa]), mais les aristocrates disaient encore [lwé], [mwé] et [rwé]. Un grammairien de l'époque, Jean Hindret, écrivait en 1687, au sujet de cette prononciation en [wa] dans L’Art de bien prononcer et de bien parler la langue françoise (Paris): «Cette prononciation est fort irrégulière et elle n'est pas bonne à imiter; car elle sent son homme grossier et paresseux qui ne daigne se contraindre en rien ni s'assujettir à la moindre règle.»