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histoire de la langue.doc
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2.2. La catégorie du mode

En AF les rapports modaux sont exprimés beaucoup plus nettement que les relations temporelles. On distingue déjà quatre modes :

  • l’indicatif

  • le subjonctif

  • le conditionnel

  • l’impératif

On constate la sphère assez large d’emploi du mode Subjonctif (même en comparaison avec l’indicatif) qui fonctionne tout aussi bien dans les propositions subordonnées que dans les propositions indépendantes pour exprimer des valeurs modales différentes. Dans les propositions hypothétiques on emploie l’Imparfait du Subjonctif ou bien le plus-que-parfait du Subjonctif si l’action est conformément réelle ou irréelle au lieu du conditionnel présent ou du conditionnel passé modernes.

Au cours des temps la sphère d’emploi du Subjonctif devient moins large et dans les propositions hypothétiques le temps des modes de l’Indicatif et du Conditionnel remplacent le Subjonctif.

L’impératif de l’AF, provenant de celui du latin, porte quelques particularités. Notamment, la II personne du singulier, par ex. : chante représente régulièrement l’impératif latin canta, mais les formes de la II et de la III personnes du pluriel chantons, chantez sont des formes empruntées au présent de l’indicatif.

En AF l’impératif peut être précédé d’un pronom sujet, par ex. :

E reis celestes, tu nos i fai venir !

= Eh ! roi céleste, fais nous y venir !

2.3. La catégorie du temps

En AF le système des relations temporelles n’est pas encore stabilisé.

On peut voir dans les textes anciens que le Présent de l’Indicatif peut être employé non seulement pour marquer une action présente, mais aussi pour exprimer des actions passées ou futures.

Pour exprimer des actions passées on emploie sans aucune différence le Présent, le Passé simple et le Passé composé. Avant le XIII s., l’Imparfait s’emploie rarement et souvent il est remplacé par le Passé simple. La sphère d’emploi du Plus-que-parfait est assez restreinte, il est souvent remplacé par le Passé antérieur.

On emploie le Futur pour exprimer une action postérieure par rapport à un moment présent et pour exprimer une action postérieure par rapport à une action passée on emploie la forme du Conditionnel présent.

La catégorie du temps évalue graduellement et l’emploi des temps se stabilise dès le XIV s. Le Présent ne s’emploie plus dans le plan du passé. La valeur de l’Imparfait se stabilise et le Passé simple ne le remplace plus. L’emploi du Passé simple et du Passé composé diffère de plus en plus: le Passé simple est employé pour exprimer une action passée sans aucun rapport avec le moment présent; tandis que le Passé composé pour exprimer une action dont le résultat se rapporte au présent. Les valeurs du Plus-que-parfait et du Passé antérieur se sont différenciées et le Passé antérieur fut employé non seulement pour exprimer une action antérieure, mais une action achevée qui précède immédiatement une autre action passée.

La concordance des temps devient beaucoup plus régulière. Au XVII s. les grammairiens fixent définitivement l’emploi des temps.

La conjugaison des verbes

On divise les conjugaisons verbales en deux types

- conjugaisons vivantes auxquelles appartiennent tous les verbes ayant la conjugaison en -er et en -ir inchoative. Elles offrent des paradigmes réguliers, applicables à tous les verbes de la même conjugaison.

- conjugaisons mortes ou archaïques auxquelles appartiennent tous les verbes ayant la conjugaison en -ir non inchoative, les conjugaisons en -oir et en -re. Elles forment une série de conjugaisons, avec des différences très sensibles d’un groupe de verbes à l’autre.

En outre, il faut distinguer dans les conjugaisons verbales de l’AF les formes accentuées sur le radical des formes accentuées sur les terminaisons. Ce qui est résultat des différents changements phonétiques qui se produisent également pendant l’évolution de la langue, notamment du déplacement de l’accent tonique et de la transformation des voyelles toniques en diphtongues dans la syllabe ouverte. Ainsi, les verbes dont la voyelles du radical se trouve dans la syllabe fermée se conjuguent sans alternance.

Le Présent de l’Indicatif

Conjugaison vivante

Conjugaison morte (archaïque)

Conjugaison en -er

Conjugaison en -ir inchoative

Conjugaison en -ir non inchoative

Conjugaison en -oir

Conjugaison en -re

sans alternance

avec alternance

chanter

amer

Finir

servir

savoir

rompre

chant

chant-es

chant-et

chant-ons

chant-ez

chant-ent

áim

áim-es

áim-et

am-óns

am-éz

áim-ent

fen-is

fen-is

fen-i(s)t

fen-issons

fen-issez

fen-issent

serf

sers

sert

serv-ons

serv-ez

serv-ent

sai

ses

set

sav-ons

sav-ez

sev-ent

ron-s

rons (ronz)

ront

romp-ons

romp-ez

romp-ent

L’évolution phonétique contribue de même à la chute ou à la coïncidence des flexions verbales. Analysons d’abord les flexions des verbes de la conjugaison en -er du Présent de l’Indicatif:

je chant + e – au XIV s. par analogie avec les autres verbes de cette conjugaison

au XVII s. -e ne se prononce plus

tu chant + es – au XVI s. -s tombe;

au XVII s. -e ne se prononce plus;

il chant + et – au XII s. -t tombe;

au XVII s. -e ne se prononce plus;

nous chant + ons – au XVI s. -s tombe;

vous chant + ez – au XVI s. -z ne se prononce plus;

ils chant + ent – au XVII s. -ent ne se prononce plus.

Donc les flexions n’ont subsisté qu’à la I et à la II personne du pluriel.

Les verbes des autres conjugaisons qui n’ont pas la terminaison -s à la I personne la reçoivent par analogie avec les autres verbes de cette conjugaison, par ex.: (je) serfs au lieu de serf, je sais au lieu de sai. C’est ainsi que la flexion de la I personne de ces conjugaisons coïncident avec celle de la II personne.

A partir du XIV s. jusqu’au XVII s. on observe la tendance à l’unification des formes par analogie qui ont l’alternance des voyelles au Présent de l’Indicatif. Cette unification s’effectue par analogie avec les formes dont le radical est accentué, ou bien par analogie avec les formes dont le radical est atone. Il en résulte que tous les verbes ont la conjugaison sans alternance. Cependant dans la langue moderne il reste certains verbes dont la forme n’est pas unifiée, par ex.: il meurt – nous mourons, il doit – nous devons.

Le futur

Le futur roman ont pour l’origine la construction analytique latine habeo cantare avec le sens de j’ai à chanter, je chanterai. Par analogie, en AF on dit cantare habeo, d’où j’aimer-ai, je chanter-ai.

Suivant l’évolution phonétique quelques verbes doublent la consonne -r, par ex.: doner – dorrai, veeir – verrai, oir – orrai.

Au XVI s. au cours de l’évolution phonétique les flexions de la II et de la III personnes du singulier coïncident: tu chanter-a(s) et il chanter-a, ainsi que les flexions de la I et de la III personnes du pluriel: nous chanter-on(s) – ils chanter-on(t).

L’Infectum (l’imparfait)

A l’imparfait dans toutes les formes verbales de l’AF l’accent tombe sur la terminaison, c’est pourquoi dans la conjugaison il n’y a pas d’alternance.

amer

Finir

rompre

am-óe

am-óes

am-ó(e)t

am-iións

am-iiéz

am-óent

fen-iss-eie (-oie)

feniss-eies (-oies)

feniss-eiet (-oiet, -oit)

feniss-iiens

feniss-iiez

feniss-eient (-oient)

romp-eie

romp-eies

romp-eiet

romp-iions

romp-iiez

romp-eient

Par analogie avec les verbes de la conjugaison morte, les verbes de la conjugaison vivante reçoivent les mêmes terminaisons. C’est ainsi que tous les verbes de l’AF ont les mêmes terminaisons à l’imparfait.

Le parfait (le passé simple)

Provenant du perfectum latin (qui s’oppose à l’infectum), le passé simple a pour trait dominant du “passé” ce qui fait le nommer plutôt “passé simple” en opposition au passé composé.

Le passé simple comprend de différents types de conjugaison des verbes dont les plus nombreux sont ceux du I et II groupe. Les verbes du I groupe portent l’accent sur la terminaison dans toutes les formes et dans toutes les personnes. Les verbes du II groupe portent l’accent sur le radical à la I, III personne du singulier et à la III personne du pluriel, les autres formes ont l’accent sur la terminaison. Il en résulte que les verbes du II groupe ont l’alternance des voyelles.

I-ier groupe

II-ième groupe

chanter

chant-ái

chant-ás

chant-át

chantáimes

chant-ástes

chant-érent

dormir

dorm-i

dorm-is

dorm-i(t)

dorm-imes

dorm-istes

dormirent

valeir

val-üi

val-üs

val-ü(t)

val-ümes

val-üstes

val-ürent

veeir

vi

ve-is

vi-t

ve-ímes

ve-ístes

vi-rent

venir

vin

ven-is

vin-t

ven-imés

ven-ístes

vin-rent

metre

mis

mes-is

mis-t

mes-imes

mes-istas

mist-rent

aveir

ói

o-ús

óu-it

o-úmes

o-ústes

óu-rent

L’analogie effectuée à partir du XIV s. joue un grand rôle dans la conjugaison des verbes au Passé simple. Il n’en reste que trois types:

les verbes en -ai, -as, -a

les verbes en -is, -is, -it

les verbes en -us, -us, -ut.

Les formes des verbes ayant au Passé simple l’alternance des voyelles sont unifiées, par ex.:

vi > vis

veis > vis

vit > vit

mis > mis

mesis > mis

mist > mit

oi > eus

ous > eus

out > eut

Les temps composés

Les temps composés représentant les prototypes des temps composés de la langue moderne existent déjà en AF, mais leur emploi est assez rare.

L’emploi des verbes auxiliaires avoir et être dans ces temps n’est pas encore stabilisé. On suit cependant la règle que les verbes transitifs se conjuguent avec le verbe avoir, les verbes intransitifs et pronominaux se conjuguent avec le verbe être. Mais comme beaucoup de verbes peuvent être à la fois transitifs et intransitifs, il se produit de nombreuses confusions dans l’emploi des deux auxiliaires être et avoir. On peut donc dire : il a sorti et il est sorti ; il s’a bien défendu ; il sont coru (=ils ont couru).

Quant à l’accord du participe passé en AF, on le considère comme un neutre qui marque simplement l’idée exprimée par le verbe au passé. Ce n’est que l’auxiliaire qui marque la personne et le nombre.

Cependant l’AF fait l’accord du participe si le régime direct le précède, mais ce n’est qu’au XVII s. que la syntaxe est fixée complètement.

Le conditionnel

La formation du conditionnel est de même nature que le futur simple: seulement ici l’auxiliaire est à l’imparfait : lat. vulg. cantare habebam, amare habebam > fr. mod. j’aimer[av]ais, je chanter[av]ais.

Le Présent du Subjonctif

Le subjonctif marquant un désir, un souhait ou un ordre, a en AF une sphère d’emploi très large. Hérité du latin, ce temps verbal suit un mode de formation très proche du présent de l’Indicatif, c’est-à-dire qu’il y a deux types de conjugaison avec des alternances possibles.

Conjugaison vivante

Conjugaison morte (archaïque)

Conjugaison en -er

Conjugaison en -ir inchoative

Conjugaison en -ir non inchoative

Conjugaison en -oir

Conjugaison en -re

sans alternance

avec alternance

chanter

amer

Finir

servir

savoir

rompre

chant

chanz

chant

chant-ons

chant-ez

chant-ent

áim

áim-s

áim-t

am-óns

am-éz

áim-ent

fen-isse

fen-isses

fen-isse(t)

fen-iss-ons

fen-iss-ez

fen-iss-ent

serve

serves

serve(t)

serv-ons

serv-ez

serv-ent

sache

saches

sache

sach-iens sach-iez

sach-ent

rompe

rompes

rompe(t)

romp-ons

romp-ez

romp-ent

Au cours de leur évolution les formes verbales subissent les mêmes changements phonétiques que les formes du Présent de l’Indicatif. C’est ainsi que les verbes de la conjugaison vivante en -er reçoivent au Subjonctif présent les mêmes flexions que les autres verbes, par ex. :

je chante, j’aime

par analogie avec

je serve, je sache, je rompe

tu chantes, tu aimes

par analogie avec

tu serves, tu saches, tu rompes

il chante, il aime

par analogie avec

il serve, il sahe, il rompe

Cette analogie entraîne une confusion entre les formes du Présent de l’Indicatif et du Subjonctif. Pour éviter cette erreur, on commence à employer les formes verbales au Subjonctif avec la particule que pour le distinguer du mode Indicatif.

Vers le XVII s. les formes de la I et de la II personne du pluriel de tous les verbes reçoivent les flexions -ions, -iez ce qui permet de distinguer ces deux formes du Subjonctif présent de celles du Présent de l’Indicatif.

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