- •Chapitre 3 : l’économie industrielle internationale Section 1 : Pouvoir de marché et concurrence internationale
- •Il est possible d’exprimer le taux de marge en présence d’importations :
- •2. Concurrence internationale et formation non concurrentielle des prix
- •Section 2 : La multinationalisation des firmes
- •1. Les firmes multinationales et les imperfections de la concurrence
- •2. Les avantages relatifs à l’innovation
- •Section 3 : Internalisation des échanges et comportement stratégique.
- •Multinationalisation dans un contexte de la théorie de l’internalisation.
- •Les théories éclectiques et synthétiques
- •I, pour internalization (internalisation), c'est-à-dire les avantages de l’organisation hiérarchique par rapport au marché.
- •Matrice des gains de deux firmes
- •Section 4. La politique industrielle
- •3. La spécialisation internationale : soutenir ou refuser ?
- •4. Politiques industrielles dans un cadre concurrentiel d’ordre international
- •Il est dès lors possible de déterminer le surplus du consommateur sur les deux types de marché, soit 8 millions de francs dans le cas du duopole et 4.5 millions de francs dans le cas du monopole.
3. La spécialisation internationale : soutenir ou refuser ?
Parce que les contraintes budgétaires sont élevées, les Etats peuvent difficilement engager les deux types d’aides en parallèle, qui reposent sur des principes radicalement différents. Ainsi, une aide aux secteurs en déclin empêche un ajustement des structures industrielles aux nouvelles conditions internationales. Le choix d’un type d’aide sur l’autre dépend, parmi d’autres déterminants, de la puissance des groupes de pression de chacun de ces deux groupes. Par exemple, il s’avère que les secteurs en déclin (sidérurgie, chantiers navals) ont, de par leur passé historique plus riche, un poids électoral et social plus lourd que les secteurs émergents, lesquels sont soutenus par un nombre moindre de personnes.
La justification de la politique industrielle n’est donc pas uniquement économique, en apparaissant fréquemment comme un instrument de défense d’une spécialisation internationale condamnée beaucoup plus qu’une aide à la transition vers une nouvelle configuration du système productif.
Les différentes modalités d’intervention sur l’industrie peuvent être ramenées au versement de subventions par les pouvoirs publics. Les productions des firmes subventionnées peuvent être vendues à l’étranger ; et si cela n’est pas le cas, elles viennent en concurrence avec des firmes étrangères qui offrent leurs produits dans le pays. L’existence de ces subventions est souvent assimilée à l’origine d’une concurrence déloyale entre les firmes subventionnées et celles qui ne le sont pas, qui alimente les tensions dans les affrontements entre les firmes européennes et nord-américaines. De telles situations sont à l’origine de rappels à l’ordre de la part du GATT, de plaintes devant l’OMC, tout comme de mesures destinées à contrebalancer les avantages artificiellement crées. Certaines instances, parmi lesquelles la Commission des Communautés Européennes pour les nations appartenant à l’Union Européenne, interdisent simplement certaines subventions.
4. Politiques industrielles dans un cadre concurrentiel d’ordre international
Les affrontements commerciaux entre les Etats-Unis, le Japon et l’Europe ont donné lieu à de nouveaux développements traitant du rôle et des conséquences de l’application d’une politique industrielle.
Une première idée s’est développée aux Etats-Unis selon laquelle les politiques industrielles menées en Europe et au Japon étaient responsables des difficultés américaines rencontrées. En 1984, Krugman s’attache à confirmer ou infirmer ce point de vue, en décrivant le processus comme la succession de trois étapes :
étape 1 : le choix d’un secteur. Les pouvoirs publics japonais et européens choisissent un secteur dont les firmes sont à l’origine dans une situation de désavantage par rapport aux firmes américaines. Dans ce secteur, la politique consiste à combiner une aide financière et une protection du marché domestique. Ces deux mesures permettent au bout d’un certain temps aux firmes japonaises et européennes d’affronter leurs homologues américaines ;
étape 2 : la conquête des marchés extérieurs. La protection du marché domestique permet aux firmes de fixer des prix élevés. Les firmes américaines sont exclues du marché et les travailleurs américains perdent leurs emplois bien rémunérés pour des emplois moins bien rémunérés, dans le meilleur des cas ;
étape 3 : le monopole à l’échelle mondiale. Une fois les firmes américaines évincées du marché, les entreprises japonaises et européennes sont en mesure d’augmenter leurs prix et de réaliser par l’occasion des profits élevés.
Krugman s’attache à examiner les différentes formes des politiques industrielles et les canaux par lesquels ces politiques peuvent éventuellement occasionner des torts à l’industrie américaine. Trois types de politiques sont à distinguer : les subventions à l’industrie, le contrôle de l’accès au marché (tels que les droits de douane ou les quotas), et la rationalisation (qui comprend notamment l’intervention du gouvernement sur les structures de marché).
Dans son article, Krugman présente l’Etat comme un nouvel acteur de la concurrence internationale, dans la mesure où beaucoup considèrent que la concurrence ne met plus en présence uniquement des firmes, mais également les gouvernements. Dans un premier temps, on pourrait penser que Krugman condamne l’idée de la politique industrielle, qui va à l’encontre du fonctionnement du marché, en se conduisant à une affectation non optimale des ressources. Néanmoins, on peut trouver dans un second temps une légitimité à la politique industrielle, dans la mesure où seul le critère admissible est le bien-être mesuré au niveau national et où toute politique qui améliore le bien-être ne peut être que bénéfique. Plus particulièrement, pour juger de l’effet d’une politique industrielle, il convient d’additionner le surplus des consommateurs au surplus des producteurs et d’observer si l’amélioration de l’un consécutive à une action des pouvoirs publics est supérieure à la détérioration de l’autre ; dans ce cas, la politique industrielle trouve sa raison d’être.
Pour illustrer son intérêt pour une telle piste de recherche, Krugman fournit un exemple numérique simple pour mesurer les effets d’une politique commerciale stratégique (assimilable à une politique industrielle). Pour ce faire, l’auteur considère une économie mondiale composée de deux pays qui présentent la même demande potentielle (supposée linéaire) pour un même produit ; ces deux fonctions de demande s’écrivent :
où
est
le prix unitaire et
est
la quantité demandée mesurée en millions d’unités. En supposant
qu’il n’y a pas de barrières aux échanges sur le marché
considéré, nous avons
et
de ce fait la demande mondiale définie comme :
à partir de laquelle nous pouvons déterminer la fonction de demande inverse :
On suppose dans ce modèle que le marché considéré est un duopole
international, avec une firme dans chaque pays. Chaque firme peut
fabriquer un nouveau produit avec un coût fixe irrécupérable
d’un
montant de 7 millions de francs, les coûts variables étant quant à
eux nuls. De même, les deux firmes se comportent comme des
duopoleurs à la Cournot. Ceci posé, la fonction de profit de la
firme du pays 1 est :
En calculant les quantités d’équilibre en duopole à la Cournot
(
et
)
(à l’aide des conditions de premier ordre de maximisation du
profit), on trouve que
,
avec un prix correspondant égal à 2 francs et ainsi un profit pour
la firme du pays 1 égal à 1 million de francs.
En calculant les quantités d’équilibre dans un cadre
monopolistique, on trouve un prix de 3 francs, des quantités
vendues
,
et ainsi un profit total de 11 millions de francs.
