- •Chapitre 3 : l’économie industrielle internationale Section 1 : Pouvoir de marché et concurrence internationale
- •Il est possible d’exprimer le taux de marge en présence d’importations :
- •2. Concurrence internationale et formation non concurrentielle des prix
- •Section 2 : La multinationalisation des firmes
- •1. Les firmes multinationales et les imperfections de la concurrence
- •2. Les avantages relatifs à l’innovation
- •Section 3 : Internalisation des échanges et comportement stratégique.
- •Multinationalisation dans un contexte de la théorie de l’internalisation.
- •Les théories éclectiques et synthétiques
- •I, pour internalization (internalisation), c'est-à-dire les avantages de l’organisation hiérarchique par rapport au marché.
- •Matrice des gains de deux firmes
- •Section 4. La politique industrielle
- •3. La spécialisation internationale : soutenir ou refuser ?
- •4. Politiques industrielles dans un cadre concurrentiel d’ordre international
- •Il est dès lors possible de déterminer le surplus du consommateur sur les deux types de marché, soit 8 millions de francs dans le cas du duopole et 4.5 millions de francs dans le cas du monopole.
Les théories éclectiques et synthétiques
La théorie éclectique, développée par Dunning en 1977, permet de traiter l’ensemble des relations d’une firme avec l’étranger. Mucchielli adopte la même approche en utilisant le terme d’ « analyse synthétique ».
Pour Dunning, la théorie prend en compte simultanément trois niveaux : la firme, le secteur et la nation. Chacun de ces niveaux est caractérisé par la détermination des variables qui ont un rôle dans la forme et la composition des flux internationaux. Nous citerons seulement quelques exemples de ces variables, car la liste complète serait longue :
la détermination de taux de salaire dépend de la dotation en facteurs de production, caractéristique de la nation ;
le secteur conditionne le degré de différenciation de la production ;
la firme choisit son degré de centralisation.
Dunning présente sa théorie sous la forme du « paradigme » O.L.I., qui est la combinaison de trois catégories d’avantages :
O, pour ownership (propriété) : ce sont les avantages liés à la détention par la firme d’un actif intangible, par exemple le droit de propriété sur une innovation ;
L, pour location (localisation), cette variable recouvre les avantages liés à la distance entre les marchés, à l’intervention publique sur les flux des marchandises, etc... ;
I, pour internalization (internalisation), c'est-à-dire les avantages de l’organisation hiérarchique par rapport au marché.
En établissant une typologie des firmes, nous pouvons caractériser toutes les situations possibles avec ces trois avantages. Nous supposons que les firmes vont recourent à une forme d’approvisionnement du marché extérieur de préférence à une autre. Ainsi, dans le cas où la firme ne bénéficie que d’un avantage O, elle vend un brevet ou une licence. Si elle dispose des trois avantages, elle prendra la décision d’investir à l’étranger. Enfin, si elle a un avantage O et un avantage L, elle importe sa production.
Des nombreuses critiques de cette approche concernent le fait que les différents avantages ne peuvent pas être définis de façon précise et indépendamment les uns les autres. Par exemple, l’existence d’un avantage de propriété ne peut être repérée sans faire référence au pays où il est mis en œuvre. Les extensions de la théorie, parmi d’autres, sont développées dans les travaux récents de Dunning. En particulier, pour prendre en compte le rôle des alliances de plus en plus important, il ajoute dans le paradigme les avantages liés à l’existence d’alliances ou de réseaux.
L’analyse synthétique repose sur les trois mêmes niveaux retenus par Dunning. La démarche consiste à combiner l’ « avantage comparatif du pays » et l’ « avantage compétitif de la firme ». Selon Mucchielli, il existe six déterminants communs aux échanges de marchandises et aux investissements internationaux :
les différences internationales des fonctions de production ;
les différences internationales dans les dotations factorielles ;
les différences internationales dans les goûts des consommateurs ;
l’existence d’économies d’échelle ;
l’existence de distorsion sur le marché des produits ;
l’existence de distorsion sur le marché des facteurs.
Une seule de ces conditions peut expliquer l’existence des échanges internationaux des marchandises et la multinationalisation des firmes. La préférence de l’une des deux formes d’approvisionnement d’un marché étranger sur l’autre dépend alors de la relation entre les avantages compétitifs et les avantages comparatifs. Si ces deux types d’avantages sont en phase, les exportations s’imposent. S’ils sont décalés, la production est réalisée à l’étranger.
Pour prendre en compte le phénomène des alliances, Mucchielli introduit dans son analyse les avantages stratégiques qui existent à coté des avantages compétitifs et comparatifs, et qui peuvent notamment être créés par des coopérations dans le domaine de la R&D. Les accords entre les firmes dans ce domaine leur fournissent un avantage particulier qui prend la forme d’un gain spécifique d’alliance : la coopération accroît la probabilité de mise au point d’une innovation et diminue son coût pour les firmes. Il devient alors possible d’expliquer pourquoi les firmes, dans certains cas, préfèrent passer des accords avec des firmes étrangères plutôt que d’exporter sur le marché ou d’installer des filiales. Ce fait souligne l’importance de la prise en compte des avantages stratégiques à coté des avantages compétitifs et des avantages comparatifs.
L’analyse de comportement stratégique des firmes multinationales.
Un autre courant de la théorie de multinationalisation, développé depuis 1987, porte son analyse des firmes multinationales en terme de comportement stratégique. La présentation de cette approche peut être réalisée à partir d’un modèle général, exposé par Smith (1987), et dont les traits principaux sont les suivants :
une firme est en monopole dans un pays, alors qu’existe un concurrent potentiel localisé dans un autre pays ;
la modélisation de la production repose sur l’existence des coûts irrécupérables ;
les firmes s’engagent dans des comportements stratégiques.
Le modèle de Smith retient le cas où une firme doit choisir entre exporter et produire à l’étranger, sur un marché où un concurrent potentiel peut entrer. Il distingue deux types des coûts irrécupérables : les coûts spécifiques à la firme (qui correspondent à des investissements nécessaires pour entrer dans le secteur, par exemple de R&D et de mise au point du produit) et des coûts spécifiques à l’usine (par exemple l’acquisition de machines, de bâtiments, etc…).
Soit une firme 1, implantée dans le pays A, qui produit avec un coût irrécupérable F spécifique à la firme. La production est réalisée avec un coût unitaire supposé constant c ; la vente à l’exportation, dans le pays B, implique un coût unitaire supplémentaire s qui représente le transport ou les droits de douane, supposés proportionnels aux quantités exportées. La création d’une nouvelle unité de production en B implique un nouveau coût irrécupérable U spécifique à l’usine, composé des machines et des bâtiments. On suppose qu’une fois ce coût engagé, la production se fait en B au même coût unitaire qu’en A, soit c.
La firme 1 doit donc choisir entre produire en A et exporter (la production se faisant au coût unitaire c auquel s’ajoute le coût unitaire de transport s) ou bien produire en B, ce qui suppose de dépenser U puis de produire au coût unitaire c. Supposons qu’une firme 2 du pays B soit un concurrent potentiel qui peut devenir effectif en accédant exactement à la même technologie que la firme domestique. Si elle entre dans le secteur, elle doit donc engager F et U, avant de produire au coût c.
Le marché du pays étranger est décrit par une fonction de revenu, p(Q).Q, où le prix p est fonction des quantités Q. Cette fonction est telle que la firme 1 trouve toujours profitable d’approvisionner le marché B, qu’elle soit en position de monopole ou de duopole.
Regardons, tout d’abord, l’équilibre du marché étranger en
monopole. Dans ce cas, soit la firme 1 exporte, elle détermine la
quantité exportée qE qui maximise son
profit, c'est-à-dire
,
soit elle produit en B et choisit la quantité QP qui
maximise
.
Il est évident que la firme choisit d’être multinationale si
.
Toutes choses égales par ailleurs, la firme investit à l’étranger
si le coût d’exportation est supérieur au coût spécifique à
l’usine.
Ainsi, à partir de ce résultat, le choix entre exportation et multinationalisation découle de la comparaison des niveaux de rentabilité respectifs impliqués par les deux modes d’approvisionnement du marché étranger.
Par la suite, nous analysons une situation de duopole sur le marché de B. Si la firme 2 choisit d’entrer dans la production, la séquence des stratégies est un jeu à plusieurs étapes. Si 1 joue en premier, elle choisit entre exporter et produire à l’étranger ; 2 décide alors, en fonction du choix de 1, d’entrer ou non sur le marché. Si les deux firmes sont présentes sur le marché, on considère qu’elles adoptent un comportement de Cournot et qu’elles choisissent les quantités qu’elles produisent, ce qui détermine leurs profits. On suppose que les décisions sont prises à chaque étape en connaissant les gains ultimes ; la résolution se fait par induction à rebours.
Le graphique suivant représente les courbes de réaction des deux
firmes sur le marché de B, R1 et R2,
en supposant que la fonction inverse de demande dans le cas de
duopole
est linéaire.
Les courbes de réaction de 1 et 2 sur le marché B
Si 1 est en monopole alors qu’elle produit sur place, la quantité produite est qP, alors qu’en monopole avec exportation le niveau de production est qE. Les deux fonctions de réaction de la firme 1 sont tracées à partir des points qP et qE, selon qu’elle produit sur place (R’1) ou qu’elle exporte (R1). Ces deux fonctions sont parallèles : une fois les dépenses en coûts irrécupérables effectuées, l’approvisionnement du marché étranger est réalisé à des coûts variables différents, car l’exportation implique un coût supplémentaire s. Le décalage vers le sud-ouest de la fonction de réaction R1 par rapport à la fonction R’1 s’explique par la présence de ce coût de transport.
Le point d’intersection des fonctions de réaction R’1
et R2 détermine l’équilibre de marché
lorsque 1 produit sur place. Les quantités produites par les firmes
sont, respectivement, qPP et qPP.
L’équilibre de marché quand 1 exporte est donné par
l’intersection de R1 et R2,
les quantités produites sont, respectivement, qEP
et qPE. On remarque que
et donc que
.
Le choix effectué par 1 n’est pas indépendant de celui de 2 ; il dépend des gains ultimes, pour chaque firme, qui découlent de la combinaison des stratégies des deux joueurs.
On peut comprendre les décisions des firmes à partir de matrice des gains, en comparant les équilibres de Cournot possibles et les gains respectifs.
Firme 2 Firme 1 |
N’entre pas |
Entre |
Exporte |
|
|
Produit à l’étranger |
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