Points à discuter
Parlez des vacances d’hiver : quels plans avaient Lola et Antoine ? Pourquoi ils ne se sont pas réalisés ? Décrivez les sentiments d’Antoine.
La rentrée de Lola, comment était-elle ?
Parlez des changements de Lola.
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Madame Delille
Antoine claquait des dents mais il ne se décidait pas à partir. Les fines semelles de ses tennis14 ne l'isolaient pas du sol. Ses pieds s'engourdissaient el l'humidité montait dans ses mollets. Normalement, à cet instant, le privé allume une cigarette. Ça occupe et ça donne l'illusion de se réchauffer. Antoine n'avait pas de cigarette et n'aimait d'ailleurs pas fumer.
Une moto arriva... stoppa... C'était le motard du mois de janvier! Antoine recula, se plaqua contre un mur envahi de lierre. Le motard sortit un boîtier de sa poche, le tendit devant la porte de garage qui s'ouvrit lentement.
Alors le motard ôta son casque, et frotta ses cheveux... Une gonzesse15! C'était une gonzesse! Ça alors...
La motarde avait disparu mais Antoine restait figé, dos au mur. Des gouttelettes d'eau glissèrent dans son cou, il frissonna. Une araignée, qu'il avait dérangée, courut sur sa main. Antoine l'aida à regagner les feuilles.
Au bout de la rue, une dame arrivait avec un chien. 11 fallait bouger. 11 se décolla péniblement du mur, fit quelques pas, lourdement, et tout d'un coup, sans réfléchir, il se précipita sur la sonnette de la maison.
La réponse se fit attendre. - Oui?
C'est... C'est un copain de Lola... est-ce que je... est-ce que je peux la voir?
Je vous ouvre !
Antoine pénétra dans le jardin. Un chat, installé sur le perron, le toisa.
La porte s'ouvrit sur une femme... habillée d'un pull trop grand, dont les manches lui couvraient les mains, et d'un pantalon de jogging, poché aux genoux.
C'est vous, dit-elle, que j'ai vu planté sur le trottoir?
Alors, c'était la motarde!
Fallait pas faire le timide ! Je parie que vous êtes Antoine, Lola m'a beaucoup parlé de vous. Moi, c'est Juliette, la maman de Lola.
Sa mère? La motarde avec son perfecto clouté et son Jean en cuir!
Sans paraître s'apercevoir de la surprise d'Antoine, la drôle de mère poursuivit :
Lola est dans sa chambre, c'est au deuxième. Je suis contente qu'elle vous ait dit de venir, elle est si sauvage, elle n'invite jamais personne.
Antoine, abasourdi, montait lentement l'escalier. Il n'avait pas osé dire à Juliette, la mère de Lola, qu'il n'avait pas été invité !
Les murs de la cage d'escalier étaient bourrés de cadres, des photos de Lola à tous les âges, des photos de sa mère, Juliette. Antoine s'arrêta... Là, c'était Juliette avec Gainsbourg... Il monta une marche... Juliette avec Mick Jagger... Encore une marche... Juliette en gros plan, derrière un énorme micro qu'elle semblait prête à avaler...
Du rez-de-chaussée, Juliette cria :
- Lola ! Antoine est arrivé !
Comme un diable, Lola bondit sur le palier.
Qu'est-ce tu fais là? aboya-t-elle.
Antoine fit demi-tour mais resta, indécis, à se balancer en haut de l'escalier. Il venait de comprendre... Juliette... la mère de Lola... c'était Judy Spring, la chanteuse!
Tu ne vas quand même pas te jeter dans le vide! ricana Lola. Bon, viens puisque tu es là.
Antoine arpentait les deux pièces et la salle de bains.
Dis donc, ta chambre, c'est un vrai appartement! C'est quoi derrière cette porte? demanda-t-il.
Mon dressing.
Ton quoi?
Un placard.
Lola ouvrit la porte.
Il est immense, ce placard! C'est à toi toutes ces fringues16?
Antoine montra une chemise fluo rosé et un blouson de satin vert.
C'est super!
Tu trouves? dit Lola avec dégoût. C'est ma mère qui me les offre, moi j'ai horreur de ça.
Alors, tout ça c'est à toi ! Oh ! qu'est-ce que c'est que ce truc ? Une radio? C'est rigolo, on dirait un frigo...
Ouais17, c'est une radio en forme de frigo. Y'a des gens qui se creusent pour inventer les trucs les plus débiles et les plus chers pour les riches qui ne savent pas comment dépenser leur fric.
Moi, j'aimerais être riche à ne pas savoir comment dépenser mon fric.
A quoi ça t'avancerait? A manger dix fois par jour? A dormir dans deux lits en même temps? A porter trois chemises l'une sur l'autre ?
Tu ne peux pas comprendre. C'est facile de cracher sur le fric quand on en a plein.
D'abord, je crache sur rien, cria Lola, mais excuse-moi, tu ne vas pas me dire, toi, que c'est normal que certains en aient à plus savoir qu'en faire, alors que d'autres crèvent la faim.
Moi, je sais pas trop ce qui est normal. C'est normal que les rnères se barrent dans l'au-delà quand leur môme a deux ans?
Lola baissa la tête :
Non.
Ça y est, elle n'était plus fâchée. C'était le moment d'en profiter.
Je ne suis pas venu pour me disputer avec toi, dit Antoine. Depuis Noël, tu as tellement changé!
Je n'étais pas en Bretagne, avoua Lola. J'étais allée rejoindre ma mère à Los Angeles. Je ne pouvais pas te le dire. Tu comprends ?
Non, je comprends pas.
Lola haussa la voix :
Si tu crois que c'était amusant. J'aurais préféré rester à Paris avec toi. Elle m'a traînée dans des studios, des soirées débiles, j'ai bien dû embrasser cinq cents personnes en quinze jours. L'horreur !
Mais pourquoi tu ne me Tas pas dit?
Je veux pas qu'on sache que je suis sa fille.
On dirait que tu as honte.
C'est pas ça... J'en sais rien... Mais quand les gens l'apprennent, c'est plus moi qu'ils regardent, c'est la fille de la star, la fille de Judy Spring. Et elle ne s'aperçoit même pas que ça me rend malheureuse, elle ne voit rien, y'a qu'elle qui compte. Faut que je sois malade pour qu'elle s'occupe de moi!
Lola se mit à sangloter. Antoine était effondré, c'était la première fois qu'il voyait Lola pleurer. Il aurait voulu la prendre dans ses bras, la cajoler... C'est comme ça qu'on fait, non? Mais il restait, bêtement, les bras ballants.
Lola se calma, renifla :
Elle me laisse des mois, et puis elle revient, comme si de rien n'était, elle trouve ça normal. Si encore j'avais mon père! Mais lui, il m'a complètement oubliée. Il habite le Brésil, paraît-il, il n'écrit jamais. Toi, au moins, tu as un père!
Antoine fît la moue :
M'ouais!
Et il éclata de rire :
On n'a pas de chance avec nos parents ! dit-il. Ta mère, c'est la honte, et mon père, c'est la mouise. Maman-la-honte, Papa-la-mouise, on est gâtés !
On est gâtés, répéta Lola.
