Points à discuter
Est-ce qu’Antoine est amoureux selon vous? Qu’est-ce qu’il pence à ces relqtions avec Lola ?
Parlez de la visite de Lola chez Antoine ? Comment était sa réaction ?
De quoi parlaient Lola et Antoine ?
Décrivez le rire de Lola.
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Le motard
C'était janvier, et on se serait cru au printemps12 ! Décidément, tout allait à l'envers. Antoine détestait ce beau temps, c'était un temps à être heureux, et il se morfondait.
Ils avaient fait, Lola et lui, des tas de projets pour les vacances, ciné, patinoire, piscine... et puis voilà qu'au dernier moment, Lola était partie en Bretagne. Obligée, disait-elle, mais sans paraître vraiment attristée.
Il s'était retrouvé seul, vraiment seul, pas comme avant. Et pour la première fois de sa vie, il s'était ennuyé. Il avait regretté de n'avoir pas de copain, un simple copain, pas un loufdingue comme Roland ou un spécial comme la Mouffette. Il avait rencontré Ludovic, un type de sa classe, et lui avait proposé d'aller à la piscine. C'était la première fois, depuis la rentrée, qu'Antoine lui adressait la parole, pas étonnant que l'autre ait eu mieux à faire!
Lola ne lui avait pas donné un coup de fil, ni envoyé la moindre petite carte postale. Il avait quand même passé un bon Noël, chez la nouvelle copine de son père, une prof! Sapin, bûche au chocolat, et une paire de rollers devant la cheminée (éteinte, sous peine de mettre le feu à l'immeuble!).
Sombre rentrée! Lola, elle, arborait une mine bronzée. Etait-ce son haie, sa doudoune neuve ? Elle apportait un souffle d'ailleurs. — Alors, il faisait beau en Bretagne ! lança-t-il méchamment.
Lola rougit, sourit timidement, l'air gêné. Il avait envie d'être désagréable. Elle le méritait bien. Il se mit à côté d'Emilie. Lola, la mèche sur l'oeil, resta figée en place.
Alors, mademoiselle Delille, vous posez pour un magazine?
Ricanements dans la classe.
Antoine eut honte de sa méchanceté et vint, le lendemain, avec un sachet plein de petits nounours au chocolat, ceux qui valent un franc pièce, une ruine ! Lola sourit malicieusement et sortit de sa poche un sachet... plein de petits nounours au chocolat!
Pourtant, quelque chose avait changé. Antoine ne s'était pas trompé. Très vite, Lola fut moins disponible. Et puis un jour, elle refusa qu'il l'accompagne jusque chez elle. Elle avait, disait-elle, déménagé.
J'habite trop loin, maintenant! Je prends le métro.
Et demain, on se voit? On pourrait aller faire du roller au Trocadéro...
Non, je ne veux pas. Je dois faire des courses avec... Lola hésita. Avec... ma grand-mère.
Avec sa grand-mère? Ça sentait le mensonge.
Antoine éprouva un truc bizarre, c'était pas un vertige, ça ressemblait à une envie de cogner, à une envie de crier, mais il était paralysé et sans voix. La jalousie?
La jalousie, c'est un truc qu'il ne faudrait jamais rencontrer. Maintenant, le matin, le réveil n'avait pas besoin de sonner, c'était la jalousie qui le jetait dès six heures hors du lit. C'était elle qui le portait, avec une heure d'avance devant le lycée. Il était tout seul mais la jalousie lui tenait compagnie, comme un petit chien hargneux.
Ce jour-là, encore, il était arrivé avant tout le monde. - Salut! -Salut!
Les élèves commençaient à s'agglutiner. Et Lola n'arrivait pas. Qu'est-ce qu'elle fichait? C'est vrai qu'elle avait toujours été en retard mais ees derniers temps, elle dépassait les bornes.
Une grosse moto se rangea le long du trottoir. Le gars qui la conduisait était minuscule. Pourtant il devait avoir au moins dix-huit ans pour conduire un truc pareil!
Le cœur d'Antoine descendit dans ses chaussures : la fille, derrière, qui sautait maintenant de la bécane, c'était Lola! Ah, la traîtresse! C'était donc ça...
Devant le lycée, comme chaque soir, les groupes s'éliraient, se disloquaient, se reformaient un instant avant de se disloquer à nouveau.
Antoine observait Lola, restée accrochée à quelques copines. Elles chuchotaient, elles gloussaient. C'est lou ce que les filles peuvent chuchoter et glousser. Antoine s'approcha discrètement mais Emilie l'aperçut. Elle toussota, donna des coups de coude. Antoine n'était pas dupe : les lilles changeaient de conversation.
Judy Spring passe au Zénith! lança Emilie avec un air finaud. Caroline et Laure pouffèrent.
Elle est géniale! dit Laure. J'y vais avec mes parents.
Tu l'aimes, Judy Spring, Lola?
Tu parles, dit Emilie. Lola, le rock c'est pas son truc, elle aime que Mo/ait!
- Justement non ! J'y vais moi aussi au concert de Judy Spring, dit Lola.
Elle se tourna vers Antoine, et lui lança un coup d'oeil bizarre.
« Qu'est-ce qu'elle veut? Qu'est-ce qu'elle croit? » pensa Antoine, « des filles, il y en a des dizaines, et même des femmes, des vraies, avec des seins, des fesses... ». -Salut!
Antoine sursauta. C'était Roland.
Qu'est-ce que tu fais là? demanda Antoine.
Roland fit la grimace :
C'est pour ma rédac... j'y arrive pas.
J'suis pas d'humeur, grogna Antoine.
Roland suivit le regard d'Antoine :
C'est à cause d'une fille... Tiens, laisse-moi deviner... Je
parie que c'est la petite avec sa doudoune à fleurs !
T'as du flair.
Je te connais ! Allez, raconte.
Antoine entraîna .Roland à l'écart, et raconta. Pas tout bien sûr, juste ce que la bonne moitié de Roland pouvait entendre.
C'est pas clair, dit Roland, y'a du louche! Je me demande ce
que cette fille trafique. J'ai bien envie de mener ma petite enquête...
T'en mêle pas, dit Antoine.
II regrettait déjà d'avoir parlé à Roland. A cause de sa mauvaise moitié. On ne savait jamais ce que la mauvaise moitié pouvait entendre, dire ou faire.
Lola se détacha du groupe et remonta lentement l'avenue. Antoine arracha la feuille que Roland lui tendait.
O.K. pour la rédac, mais t'en mêle pas!
Il s'élança derrière Lola.
Depuis un mois, il avait tout connu, la rage, la jalousie, le dépit, et même l'indifférence, quand on se sent comme une coquille vide. Il était malheureux, et il aurait voulu que le Monde se mette à l'unisson mais le Monde s'en fichait, et la Ville encore plus. Elle continuait à tirer des voitures impatientes, à avaler dans son ventre les piétons pressés.
Antoine écrasa méchamment une flaque d'eau, et la lumière, qui s'y reflétait, vola en éclats. Cette Ville était belle, même dans ses pires moments... Antoine lui en voulait. Alors il l'insulta, parce qu'elle lui avait donné une fille, venue il ne savait d'où, une sorte d'orpheline, et qu'elle la lui avait reprise.
Lola s'engouffra dans le métro. Antoine se jeta à sa poursuite. Le portillon l'arrêta : il n'avait ni ticket, ni argent, tant pis! Il sauta, advienne que pourra13. S'il n'avait pas été aussi malheureux, cela aurait pu être rigolo, une filature, comme un vrai privé... Le long du couloir se succédaient des affiches de la chanteuse Judy Spring, une silhouette en contre-jour, barrée d'un Judy est au Zénith.
Station Botzaris. Antoine suivit Lola jusqu'à une ruelle pai¬sible, bordée de pavillons. On se serait cru en banlieue ! Lola sortit une clé et entra par une porte en fer.
